L’ambassade des États-Unis en Haïti vient de relayer une annonce pour le moins… paradoxale. Le programme Rewards for Justice, administré par le Service de sécurité diplomatique américain, offre jusqu’à 1 million de dollars et une relocalisation à quiconque fournira des informations sur Johnson « Izo » André, chef du gang 5 Segond. Les informations peuvent être transmises via Signal, WhatsApp ou Telegram. Tout serait strictement confidentiel.
C’est sur le papier rassurant, mais dans la réalité haïtienne, cela ressemble surtout à une farce à ciel ouvert. Ici, le peuple vit au rythme des enlèvements, des violences armées et de l’impunité. Les policiers, insuffisamment formés et mal équipés, peinent à assurer la sécurité dans leurs propres quartiers. Et pendant ce temps, l’État étranger nous fait miroiter un million de dollars comme si cela pouvait remplacer une politique de sécurité efficace.
Ironie du sort : pour arrêter Izo, c’est un dollar américain qui compte, mais pour protéger les centaines de familles haïtiennes qui subissent quotidiennement la terreur, rien, nada, zéro investissement réel. On promet des récompenses à distance, mais on ne forme pas nos policiers, on ne finance pas nos brigades d’intervention, et surtout, on ne met pas fin à la culture d’impunité qui nourrit les gangs.
Cette mise en avant d’une prime internationale pose une question crue : la justice se mesure-t-elle à la nationalité de la victime ou à l’argent que l’on peut offrir pour un bandit ? Parce qu’ici, dans Port-au-Prince, l’enfer quotidien ne se négocie pas en dollars.
Pendant que Washington distribue des récompenses comme des confettis, le peuple haïtien continue de payer la facture de l’incompétence institutionnelle et de l’indifférence internationale. Promettre un million pour Izo, c’est transformer la sécurité en spectacle, tout en laissant le chaos perdurer.
Il est temps de le dire : les Haïtiens méritent plus qu’un prix pour dénoncer un bandit ; ils méritent un État qui protège vraiment son peuple. Et ce n’est pas avec des annonces lointaines qu’on mettra fin à la violence qui gangrène le pays depuis trop longtemps.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




