56 jours : le compte à rebours d’un pouvoir sous tension et du sang qui coule

56 jours : le compte à rebours d’un pouvoir sous tension et du sang qui coule

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Le temps n’est plus une abstraction politique. Il est devenu une urgence nationale. Le 7 février 2026, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a confié les rênes du pays à Alix Didier Fils-Aimé avec une mission claire, encadrée par la Constitution de 1987 amendée : organiser des élections dans un délai strict, puis remettre le pouvoir à un président élu le 7 juin 2026.

Aujourd’hui, samedi 11 avril 2026, le constat est brutal : 64 jours se sont déjà écoulés. Il ne reste plus que 56 jours. 56 jours pour sauver ce qui peut encore l’être. 56 jours pour éviter l’effondrement total. 56 jours pour un peuple qui n’a déjà plus rien. Mais pendant que l’horloge tourne, le pays saigne.

Le dernier exemple en date est insoutenable : le massacre de Jean-Denis, dans le département de l’Artibonite. Entre le 28 et le 31 mars 2026, des gangs armés, notamment le groupe criminel « Gran Grif », ont semé la terreur dans cette zone déjà abandonnée. Le bilan est effroyable : au moins 70 morts, des dizaines de blessés, des maisons incendiées, et des milliers de personnes contraintes de fuir.

Des familles entières décimées. Des enfants, des femmes enceintes, des vieillards tués sans défense. Plus de 13 000 personnes déplacées, jetées sur les routes, livrées à elles-mêmes.

Et pendant ce temps, l’État regarde.

Ou pire : l’État disparaît.

Ce massacre n’est pas un fait isolé. Il est le symbole d’un pays qui s’enfonce dans le chaos, d’un territoire livré aux gangs, d’une population abandonnée. Il est aussi le révélateur d’une faillite politique totale. Car comment expliquer qu’un gouvernement en place, avec une mission d’urgence, laisse se produire de telles atrocités sans réponse efficace ?

Une question dérange alors : et si l’insécurité devenait un alibi politique ? Et si l’impossibilité d’organiser des élections, loin d’être combattue, était en réalité tolérée — voire instrumentalisée ? Se cacher derrière la violence pour justifier l’inaction électorale serait une trahison majeure de la mission confiée.

Dans ce contexte, la politisation de la police nationale apparaît comme un symptôme grave. Lorsqu’une institution censée protéger devient un outil stratégique, c’est toute la lutte contre l’insécurité qui perd en crédibilité. L’absence de résultats tangibles contre les gangs n’est plus seulement un échec : elle interroge sur la volonté réelle d’agir.

Le peuple haïtien, lui, n’a pas le luxe d’attendre. Il fuit, il souffre, il survit dans une tempête de violences aggravée par l’inaction et les calculs politiques. Sacrifier une nation entière sur l’autel d’intérêts personnels ou de prolongation de pouvoir serait non seulement inacceptable, mais dangereux.

Il reste 56 jours. Ce chiffre n’est pas qu’un décompte : c’est une ligne rouge. Un rappel que le pouvoir n’est pas une propriété, mais une responsabilité temporaire. Une responsabilité envers un peuple qui mérite sécurité, dignité et avenir.

La vigilance citoyenne devient donc essentielle. Car l’histoire l’a souvent montré : lorsque les délais constitutionnels sont ignorés, ce sont les peuples qui en paient le prix le plus lourd.

Le compte à rebours est lancé. Et cette fois, il ne s’agit pas seulement de temps  il s’agit de l’avenir d’Haïti.

Abdias DENIS
Spécialiste en Développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire

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