Sous les pluies de Melissa, l’enfance naufragée : Haïti face à l’indifférence

Sous les pluies de Melissa, l’enfance naufragée : Haïti face à l’indifférence

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Alors que le cyclone Melissa continue de frapper plusieurs départements du pays, la situation devient insoutenable dans les abris provisoires de la région métropolitaine. Des centaines de familles, déjà déplacées à cause de la violence des groupes armés, vivent aujourd’hui dans des conditions que beaucoup qualifient d’infra-humaines. Au milieu de cette crise, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur : de très jeunes adolescentes, parfois âgées de seulement 13 ou 14 ans, tombent enceintes dans ces camps livrés à eux-mêmes.

Depuis plusieurs mois, la violence aveugle a contraint des habitants de quartiers populaires tels que Nazon, Solino, ou encore Delmas à fuir leurs maisons. Certains se sont réfugiés dans des écoles transformées en abris temporaires, d’autres sous des tentes improvisées, faits de bâches trouées et de planches récupérées. Mais ces lieux de refuge sont devenus, pour beaucoup, des espaces de désespoir et d’abandon.

« Nou ap viv tankou bèt, san manje, san dlo, san medikaman », confie une mère rencontrée dans un abri de Delmas 33. Autour d’elle, des enfants toussotent sous la pluie qui s’infiltre à travers les toits de fortune. La peur des maladies, notamment du choléra, est omniprésente. La montée des eaux, les inondations et la promiscuité aggravent la situation sanitaire déjà critique.

Pendant que Melissa déverse des trombes d’eau sur Port-au-Prince, aucune présence effective de l’État n’est visible dans la majorité de ces camps. Les déplacés, privés d’assistance, tentent de survivre avec le peu qu’ils ont. Les humanitaires peinent à accéder à certaines zones en raison des routes coupées ou du contrôle des groupes armés.

Mais le plus tragique reste le sort des adolescentes. Dans le silence et la peur, certaines subissent des violences sexuelles ou sont exploitées en échange de nourriture ou de l’argent . Ces grossesses précoces, souvent non désirées, traduisent l’effondrement total du système de protection de l’enfance en Haïti.

Alors que les autorités appellent à la vigilance face au cyclone Melissa, personne ne semble se soucier des milliers de déplacés piégés entre la misère, la pluie et la violence. Leur cri reste étouffé sous le bruit du vent et des gouttes d’eau sur les toits en tôle.

Ce drame silencieux devrait pourtant interpeller la conscience nationale. Car derrière chaque tente trempée, chaque ventre d’adolescente arrondi trop tôt, il y a l’histoire d’un pays qui perd peu à peu le sens de la solidarité et du devoir envers les siens.

Par Jean Yourry ATOUT, Radio Télé Uni

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