Ce lundi 17 novembre 2025 a encore révélé la fragilité profonde des institutions haïtiennes. Dans plusieurs quartiers de la capitale, les écoles sont restées fermées, les stations-service inactives, les rues désertes et les commerces paralysés. Une atmosphère de stupeur a rapidement envahi la ville.
Ce blocage ne venait pourtant pas d’une décision officielle : c’est la peur — plus forte que la loi — qui a immobilisé Port-au-Prince.
Ce vide d’autorité s’est illustré la veille, lorsque Jimmy Chérizier, alias Barbecue, porte-parole de la coalition Viv Ansanm, a ordonné à la population de ne pas sortir. Dès l’aube, sans aucun communiqué de l’État pour rassurer les habitants, des milliers de personnes sont restées chez elles. Une fois de plus, la parole d’un chef de gang a pesé plus lourd que celle des institutions.
Ce phénomène n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, dans de nombreuses zones du pays, les citoyens obéissent davantage aux groupes armés qu’aux autorités officielles. Ils le font par crainte, non par choix. Les menaces sont immédiates et visibles, tandis que les promesses de l’État restent souvent abstraites et difficiles à vérifier. Cette situation érode la confiance envers les institutions et renforce l’emprise des gangs.
Dans certains quartiers, ce sont les groupes armés qui fixent les horaires de circulation, l’ouverture des commerces, le fonctionnement des écoles et même les déplacements du quotidien. Là où l’État recule, un pouvoir parallèle avance. Il est armé, coercitif, sans contrôle et sans redevabilité. Peu à peu, cette réalité impose ses propres règles à une population qui cherche avant tout à survivre.
Lors de cette journée de paralysie, plusieurs habitants ont exprimé leur désarroi.
« Mwen menm, sa m pral fè nan lari? Menm moun ki reprezante Leta a chita lakay yo. Mwen pral pran bal nan men vakabon. »
Cette phrase résume l’état d’esprit général. L’État n’est plus perçu comme un protecteur, mais comme une institution absente ou impuissante. Lorsque même ses représentants évitent de circuler, la sécurité devient une illusion. La peur devient rationnelle. La confiance disparaît.
Malgré quelques mesures annoncées, les gangs continuent de contrôler une grande partie de la vie quotidienne. Les citoyens craignent leurs armes plus que les garanties offertes par l’État. Cette réalité souligne une crise institutionnelle grave : un État contesté dans son autorité et incapable de protéger sa population.
Il est urgent que l’État agisse avec fermeté. L’influence des gangs doit être réduite sans délai. C’est un impératif national pour rétablir la sécurité, restaurer la confiance et permettre au pays de fonctionner normalement. Tant que cette menace persistera, aucun projet de développement ou de stabilité ne pourra aboutir.
Haïti ne peut plus laisser les groupes armés dicter leurs lois. Une action résolue de l’État est aujourd’hui plus cruciale que jamais.
Jean Yourry ATOUT, Uni FM




