La milicianisation silencieuse de la sécurité : quand des policiers détournent leur autorité

La milicianisation silencieuse de la sécurité : quand des policiers détournent leur autorité

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Face à l’insécurité chronique, des brigades de vigilance ont vu le jour pour protéger les quartiers. Mais une dérive inquiétante apparaît : certains policiers en fonction créent leurs propres brigades dans les zones où ils vivent ou travaillent. Ils contournent ainsi les règles de la Police nationale d’Haïti (PNH) et fragilisent l’institution qu’ils représentent. Ces initiatives personnelles brouillent la frontière entre sécurité publique et pouvoir privé.

Ces policiers mettent sur pied et dirigent des brigades armées. Ils organisent des patrouilles informelles et cherchent à obtenir des armes, parfois grâce à des liens avec des politiciens ou des acteurs proches des gangs. Cette situation leur donne plus de pouvoir et d’influence. Dans certains cas, elle transforme leur rôle de protecteur en celui de chef de milice. Ils en arrivent à exercer un contrôle presque total sur le territoire et la population.

Les conséquences sont graves. Intimidations, tirs injustifiés, représailles et divers abus se multiplient. La distinction entre défense et oppression devient floue. Ces brigades finissent par ressembler à des groupes armés illégaux et sèment la peur dans les quartiers qu’elles devaient protéger. La population subit alors des violences similaires à celles des gangs qu’elle voulait combattre, tandis que l’autorité de la PNH s’affaiblit encore plus.

Pour stopper cette milicianisation silencieuse, l’État doit réaffirmer l’autorité de la PNH. Il doit aussi instaurer un contrôle strict des armes et démanteler les brigades parallèles. Sans mesures fortes, des territoires pourraient tomber sous le contrôle de milices privées opérant sous uniforme, hors de tout cadre légal et en totale opposition avec l’État de droit. Restaurer la sécurité et la confiance passe par la fin de ces dérives et le respect strict des lois.

En conclusion, la sécurité d’Haïti ne peut dépendre d’initiatives personnelles, même si elles viennent de policiers. La vigilance citoyenne doit être encadrée par la loi pour éviter que la protection des communautés ne devienne une menace. Seule une action ferme et coordonnée de l’État pourra freiner cette dérive et rétablir un équilibre entre sécurité et respect des règles.

 

 

Jean Yourry ATOUT, Uni FM

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