Fritz Alphonse Jean et la révocation de visa : qui détient réellement les clés du pouvoir haïtien ?

Fritz Alphonse Jean et la révocation de visa : qui détient réellement les clés du pouvoir haïtien ?

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Quelques heures après l’annonce de la révocation de son visa, Fritz Alphonse Jean, membre du Conseil Présidentiel de Transition, s’est adressé à la presse.
Selon lui, la décision du Département d’État n’est pas une sanction judiciaire. Il la voit plutôt comme une réponse politique aux actions du CPT. Ce dernier avait déjà critiqué l’échec du gouvernement Alix Didier Fils à renforcer la sécurité et à organiser des élections crédibles.

Cette affaire soulève une question centrale : l’autorité appartient-elle aux institutions haïtiennes ou à la diplomatie étrangère ?
Les dirigeants du pays peuvent-ils encore agir librement sans craindre la réaction des puissances internationales ?

Beaucoup se demandent aussi si cette révocation n’est pas un moyen de fragiliser certains membres du CPT. Certains y voient une tentative de limiter leur influence avant le 7 février 2026, en les associant à des accusations non prouvées de liens avec des groupes armés.

Sur le plan juridique, les États-Unis ont le droit de retirer un visa. Cette décision n’a aucune valeur judiciaire en Haïti.
Elle n’équivaut ni à un jugement ni à une condamnation.

Mais l’effet politique est immense. Dans un pays où les institutions sont fragiles, chaque geste d’une grande puissance influence le jeu politique. Les décisions américaines, souvent prises sans explications publiques, deviennent alors une sorte de règle non écrite qui oriente les actions des dirigeants haïtiens.

L’affaire révèle un problème plus profond : l’État haïtien peine à exercer son autorité.
Il n’arrive plus à protéger, encadrer ou sanctionner ses propres responsables politiques. Cette faiblesse laisse la place à des interventions étrangères qui prennent souvent plus de poids que les décisions locales.

L’enjeu dépasse largement le cas personnel de Fritz Alphonse Jean.
Il touche au cœur de la souveraineté nationale. Tant que les institutions ne retrouveront pas force et crédibilité, chaque décision venue de l’extérieur pèsera lourd dans la vie politique du pays.

Haïti peut-elle encore choisir son propre destin ? Ou bien a-t-elle laissé d’autres nations écrire son avenir à sa place ?

 

Par Jean Yourry ATOUT, unifm

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