Sécurité et élections en 2026 : quand le pouvoir promet demain ce qu’il n’assure pas aujourd’hui

Sécurité et élections en 2026 : quand le pouvoir promet demain ce qu’il n’assure pas aujourd’hui

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En appelant les élus locaux à se mobiliser contre le grand banditisme afin de garantir l’organisation d’élections générales « souveraines, libres et crédibles » en 2026, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a une nouvelle fois misé sur le registre du discours, dans un pays où la parole politique est devenue abondante, mais les résultats tragiquement rares.

Désignant 2026 comme une année électorale et de « libre circulation », le chef du gouvernement affirme vouloir reconquérir le territoire national et rétablir l’autorité de l’État. Pourtant, à l’approche de la fin annoncée de la transition, ces déclarations résonnent davantage comme une projection commode vers l’avenir que comme le bilan d’une action gouvernementale efficace. À moins de deux mois de la date symbolique du 7 février 2026, aucune rupture tangible n’est perceptible dans la lutte contre l’insécurité.

Sur le terrain, la réalité est implacable. Des groupes armés continuent d’imposer leur loi sur de larges portions du territoire, paralysant la circulation, asphyxiant l’économie et terrorisant la population. Les enlèvements, les assassinats et les déplacements forcés de citoyens se poursuivent dans une inquiétante normalité. Dans ce contexte, promettre des élections sans avoir d’abord garanti la sécurité minimale relève moins d’une stratégie crédible que d’un exercice de communication politique.

La création annoncée de Conseils de sécurité dans les sections communales et la promesse d’un mécanisme de partage d’informations sécuritaires avec l’État central s’inscrivent dans une logique déjà éprouvée : multiplier les structures sans jamais démontrer leur efficacité réelle. De même, l’engagement d’apurer partiellement les 23 mois d’arriérés de salaires des élus locaux, bien que légitime, apparaît davantage comme un geste de circonstance que comme une politique cohérente de gouvernance territoriale.

L’insistance du Premier ministre sur l’organisation d’élections en 2026 soulève par ailleurs un malaise politique profond. Alors que la transition était censée aboutir dans un délai clairement défini, la focalisation sur des échéances futures nourrit le soupçon d’une volonté implicite de prolongation du pouvoir, sous couvert d’impératifs sécuritaires que l’exécutif n’a pas su maîtriser jusque-là.

À cette accumulation de promesses s’ajoutent des gestes symboliques, tels que l’annonce de l’installation de téléviseurs alimentés par des panneaux solaires dans chaque section communale pour suivre la Coupe du monde 2026. Une initiative perçue par de nombreux citoyens comme déconnectée des priorités nationales, à l’heure où l’urgence est de sauver des vies, sécuriser les routes et restaurer la dignité humaine.

Haïti ne manque ni de plans ni de discours. Elle manque de décisions courageuses, d’actions immédiates et de résultats vérifiables. Tant que la sécurité restera un slogan plutôt qu’une réalité, toute promesse électorale apparaîtra comme une fuite en avant. Un pays pris en otage par la violence n’a que faire des promesses de demain ; il réclame des réponses aujourd’hui.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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