Depuis la fin de l’année dernière et à l’aube de la nouvelle, la Police nationale d’Haïti (PNH) multiplie les opérations dans plusieurs zones stratégiques de Port-au-Prince. Des interventions saluées par une population épuisée par l’insécurité, qui voit dans chaque avancée policière une lueur d’espoir dans un quotidien dominé par la peur, les déplacements limités et l’isolement de régions entières du pays.
C’est dans ce contexte que le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, s’est voulu rassurant lors de son passage à l’émission Panel Magik, sur les ondes de Magik9. Il y a annoncé que les routes menant vers le Sud et le Nord du pays seront rouvertes avant le 7 février, une promesse forte, presque symbolique, tant ces axes représentent aujourd’hui la fracture physique et économique du pays.
Selon le secrétaire d’État, depuis mars 2025, des progrès notables auraient été réalisés sur le terrain : meilleure coordination des forces de l’ordre, professionnalisme accru des unités engagées et implication plus soutenue du haut commandement de la PNH. Dans un discours volontairement ferme, Mario Andrésol a même affirmé que Port-au-Prince n’est jamais tombée et ne tombera jamais entre les mains des gangs armés.
Des paroles fortes. Rassurantes. Mais qui résonnent, pour beaucoup de citoyens, comme un air déjà entendu.
Car le peuple haïtien, depuis trop longtemps, vit au rythme des annonces officielles non suivies d’effets durables. Les promesses de réouverture des routes, de reprise de territoires et de retour à la normale se succèdent, tandis que sur le terrain, les réalités restent brutales : zones toujours contrôlées par des groupes armés, tirs sporadiques, enlèvements, et populations contraintes d’adapter leur vie à l’insécurité plutôt que l’inverse.
L’urgence aujourd’hui n’est plus dans le discours, mais dans la preuve. Les opérations policières, aussi courageuses soient-elles, ne peuvent suffire si elles ne s’inscrivent pas dans une stratégie cohérente, continue et soutenue par l’État dans toutes ses dimensions : justice fonctionnelle, présence administrative, accompagnement social et reconstruction de l’autorité publique dans les zones reconquises.
Le peuple n’attend plus des dates annoncées, mais des routes effectivement praticables. Il n’attend plus des déclarations de fermeté, mais la possibilité de circuler, de commercer, d’étudier et de vivre sans craindre pour sa vie.
Oui, l’espoir existe encore. Mais il est fragile, usé par les reports et les déceptions successives. À force d’attendre, la patience s’érode, et l’urgence devient criante.
Aujourd’hui, plus que jamais, le temps des promesses touche à ses limites. Pour Mario Andrésol et les autorités en charge de la sécurité, le défi n’est plus de convaincre par la parole, mais de restaurer la confiance par des actes concrets, visibles et durables. En Haïti, le peuple attend. Et il attend depuis trop longtemps.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




