Pendant que la population vit au rythme des balles perdues, des routes coupées et de la peur quotidienne, une autre bataille se joue dans les couloirs de la justice. Une bataille qui ne vise pas des chefs de gangs, mais d’anciens hauts responsables de l’institution chargée de les combattre. La justice haïtienne s’attaque désormais à une zone sensible : le sommet de la Police nationale d’Haïti (PNH).
Dans le cadre d’une enquête portant sur des faits d’association de malfaiteurs et de trafic illégal d’armes et de munitions, deux anciens cadres influents de la PNH sont convoqués devant le cabinet d’instruction criminelle. L’ancien Directeur général de la Police nationale, Rameau Normil, est attendu le mardi 3 février 2026, à 11 heures du matin, pour être entendu par le juge Walter Wesser Voltaire. La veille, soit le lundi 2 février 2026, à la même heure, l’ex-Directeur central administratif de la police, Philippe Jovin, devra également se présenter devant le magistrat instructeur.
Au cœur de cette procédure, des accusations lourdes de conséquences : la disparition de 317 fusils appartenant à la PNH et la vente illégale de plusieurs milliers de cartouches, qui auraient été écoulées au profit de gangs armés responsables d’attaques répétées contre la population civile. Des armes censées protéger les citoyens, mais qui auraient, selon l’enquête, contribué à renforcer ceux qui les terrorisent.
Afin de garantir la comparution des deux anciens responsables, le juge Walter Wesser Voltaire a adressé une correspondance officielle à l’Inspecteur général en chef de la PNH, Frédéric Leconte, lui demandant de prendre toutes les dispositions nécessaires à cette fin.
L’affaire ne se limite toutefois pas à ces deux noms. Dans le cadre de l’enquête en cours, l’actuel responsable du service d’armement de la police, ainsi que deux anciens directeurs centraux de l’administration policière, ont déjà été auditionnés par la justice, signe que l’instruction progresse et élargit son champ.
Au-delà des convocations et des procédures, ce dossier pose une question dérangeante mais incontournable : comment prétendre vaincre l’insécurité lorsque ceux qui ont dirigé l’appareil sécuritaire sont soupçonnés d’avoir nourri les réseaux criminels ? Si les faits reprochés sont avérés, ils révéleraient une faillite grave de gouvernance et expliqueraient en partie pourquoi les stratégies sécuritaires peinent à produire des résultats durables.
Cette affaire constitue désormais un test majeur pour la justice haïtienne. Elle dira si l’État est prêt à aller jusqu’au bout, même lorsque l’enquête touche d’anciens détenteurs de galons et de pouvoir. Car tant que l’impunité et l’opacité persisteront au sommet des institutions, l’insécurité continuera de prospérer et la population, elle, continuera d’en payer le prix.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




