Le Ranch sportif de Croix-des-Bouquets n’était pas seulement un centre de football. Il était l’incubateur des rêves haïtiens, le lieu où des jeunes comme Melchie Dumornay, aujourd’hui étoile mondiale à l’Olympique Lyonnais, ont trouvé structure, discipline et espoir. Ce centre a façonné des talents, a offert des trajectoires hors de portée de la rue et des gangs, et a montré qu’Haïti pouvait produire des champions capables de briller sur la scène internationale.
Dans la nuit du dimanche 1er février 2026, ce symbole d’avenir et de réussite a été réduit en cendres par des individus armés, dont les vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent la provocation et l’impunité. « Teren pa egziste, nou boule Ranch Kwadèboukè », clament-ils, transformant la destruction en spectacle de domination, et envoyant un message brutal : les lieux qui forgent l’avenir de la jeunesse ne sont plus protégés.
Le Ranch n’était pas seulement un terrain ou des bâtiments. C’était une alternative à la marginalisation, un cadre structuré pour plus de 500 enfants, majoritairement des filles, qui rêvaient de devenir les futurs Durmonay, Mondésir ou Jérôme. Des générations entières ont trouvé dans ce centre discipline, encadrement et perspectives, réduisant l’attrait de la rue et la tentation des gangs.
Avec sa destruction, Haïti perd plus qu’un complexe sportif : le pays perd un modèle, un repère, et une partie de son futur. Chaque mur incendié, chaque vestiaire consumé, c’est un espace où un jeune pourrait avoir trouvé son chemin qui disparaît. Les futurs Durmonay, ceux qui auraient pu briller comme Melchie ou Nérilia, se retrouvent désormais sans boussole, sans protection et sans opportunité.
Cet acte met en lumière l’impuissance de l’État, incapable de protéger ses espaces stratégiques, et illustre comment l’insécurité armée devient un outil de destruction systématique des fondations sociales. Dans un pays où chaque centre de formation est rare et précieux, brûler le Ranch équivaut à effacer des décennies d’investissement dans la jeunesse et à compromettre durablement l’avenir collectif.
Haïti est aujourd’hui confrontée à un choix brutal : laisser les flammes consumer ce qui reste des structures de formation, ou agir pour reconstruire, protéger et offrir aux jeunes un futur tangible. Car lorsque les lieux qui ont produit des talents comme Durmonay tombent en cendres, c’est tout le potentiel de la nation qui part en fumée.
La question reste ouverte : quel avenir pour les futurs Durmonay d’Haïti si le pays continue de perdre ses centres de formation au rythme de la violence et de l’indifférence ?
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




