L’arrivée d’Alix Didier Fils-Aimé à la primature n’a pas marqué un tournant, mais l’enlisement définitif d’un État déjà à genoux. Là où l’on attendait une secousse politique, il n’y a eu qu’un soupir bureaucratique. Là où l’on espérait un minimum de courage, on a découvert un pouvoir sans nerf, sans vision et sans ambition pour le pays.
Le gouvernement actuel donne l’image d’un appareil étatique qui fonctionne en pilotage automatique, coupé de la réalité sociale et sourd aux cris d’une population exsangue. Pendant que le pays brûle, la primature administre le silence et l’inaction comme si l’effondrement national était devenu une normalité acceptable. Cette absence de souffle politique n’est pas un accident : elle est le produit d’un pouvoir qui ne croit plus au pays, mais seulement à sa propre survie. Gouverner sans projet, c’est déjà trahir. Gouverner sans urgence, dans un contexte d’urgence absolue, relève de l’irresponsabilité historique.
L’inaction comme doctrine officielle
Ce gouvernement n’échoue pas par maladresse, il échoue par choix. Jour après jour, l’exécutif s’illustre par une incapacité chronique à produire des décisions structurantes. Rien n’indique une volonté réelle de s’attaquer aux racines de la crise : ni réforme sérieuse, ni stratégie globale, ni calendrier crédible. L’inaction est devenue une doctrine, une manière de gouverner qui consiste à laisser le temps passer en espérant que la colère populaire s’épuise d’elle-même. Cette posture est cynique. Elle transforme la souffrance collective en variable d’ajustement politique. Pendant que les ministres multiplient les réunions inutiles, le pays s’enfonce dans un chaos qui n’attend pas.
Un État capturé, un peuple sacrifié
La fracture est désormais totale entre le pouvoir et ceux qu’il prétend gouverner. La population vit l’insécurité, la faim et l’humiliation quotidienne, tandis que le sommet de l’État évolue dans une bulle de privilèges et d’immunité politique. Le sentiment largement partagé est celui d’un État capturé par une minorité, qui utilise les ressources publiques pour entretenir ses réseaux et consolider ses positions. Les caisses de l’État ne sont plus perçues comme un outil de développement, mais comme un réservoir au service des équilibres politiques internes. Cette situation alimente une colère sourde : le peuple a le sentiment d’être pillé moralement et politiquement, même lorsqu’aucune amélioration tangible n’est visible dans sa vie quotidienne.
Le clientélisme comme colonne vertébrale du pouvoir
Sous ce gouvernement, la politique a cessé d’être une mission pour devenir un marché. Tout semble négociable, sauf l’intérêt général. Les nominations, les orientations, les priorités budgétaires donnent l’impression d’un système où la loyauté compte plus que la compétence, et l’obéissance plus que la vision. Cette logique clientéliste paralyse toute tentative de réforme sérieuse, car réformer, c’est rompre avec des privilèges établis. Or, ce pouvoir ne rompt avec rien : il compose, il ménage, il s’adapte aux exigences de ses alliés, quitte à sacrifier l’avenir collectif. La politique se réduit alors à une gestion de copains, de son clan, une mécanique usée qui recycle les mêmes échecs sous des visages différents.
La grande imposture des “sauveurs” politiques
Encore une fois, le peuple a été vendu par des désosseurs. Le récit du dirigeant capable de redresser la nation s’effondre dès qu’il se confronte à la réalité du pouvoir. Alix Didier Fils-Aimé un citoyen hors sol s’inscrit dans cette tradition de dirigeants qui parlent de changement tout en pratiquant la conservation du système. Cette imposture n’est plus crédible. Le peuple a déjà vu ce film : des promesses en série, une rhétorique rassurante, puis l’alignement progressif sur les pratiques les plus décriées. Le mythe du sauveur providentiel est devenu un outil de manipulation politique, un piège dans lequel la population est invitée à tomber encore et encore.
Un gouvernement décoratif dans un pays qui s’effondre
Pendant que l’État joue à gouverner, la société se disloque.Ce gouvernement ressemble de plus en plus à une façade institutionnelle, utile pour maintenir les apparences, mais incapable d’exercer une autorité réelle. Les problèmes structurels s’aggravent, l’insécurité gagne du terrain, la confiance s’effondre. Gouverner, dans ce contexte, ne peut pas se limiter à occuper des fonctions et à prononcer des discours. En refusant d’assumer pleinement ses responsabilités, le pouvoir actuel se rend complice de l’effondrement qu’il prétend gérer.
Rompre avec la mascarade ou sombrer avec elle
Le pays est arrivé à un point de non-retour.Continuer sur cette voie, c’est accepter que la politique reste un théâtre cynique joué sur le dos d’un peuple épuisé. Mettre fin à la mascarade des politiciens sauveurs providentiels n’est plus un slogan, c’est une nécessité vitale. Le pays n’a pas besoin de gestionnaires d’alliances ni de figures lisses. Il a besoin d’un pouvoir capable de rompre, de déranger et d’agir. À défaut, l’histoire retiendra que ce gouvernement aura été l’un de ceux qui, face à l’urgence nationale, la misère sociale, à l’agonie de tout un peuple, ont choisi l’inaction confortable plutôt que le courage politique. Il faut surtout souligner cette mise à profit des violences de gangs.
Abdias DENIS, Philosophe, Politologue, Maître en Science du Développement, essayiste, pamphletaire et Journaliste.




