Un enrichissement sous l’ombre de l’impunité

Un enrichissement sous l’ombre de l’impunité

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Un bonheur discret mais indécent

Il est plus que certain que ces neuf Conseillers-présidants partagent aujourd’hui un bonheur rare, presque indécent : celui d’être devenus les nouveaux riches d’une République où l’impunité règne en maître. Un bonheur discret mais visible, silencieux mais éclatant, soigneusement protégé par le vernis du pouvoir et les failles béantes d’un système institutionnel complaisant.
Quand la proximité du pouvoir devient une mine d’or.

Dans une République qui peine à garantir l’essentiel à la majorité de ses citoyens, ces hommes ont su transformer leur proximité avec le sommet de l’État en ascenseur social express. Mais ici, point de génie entrepreneurial, point d’innovation ou de mérite reconnu. Non. Leur richesse nouvelle semble être le fruit d’un autre savoir-faire : l’art de naviguer dans les eaux troubles du pouvoir sans jamais rendre de comptes.

Une élite prospère pendant que la nation suffoque

Ils incarnent cette élite administrative et politique qui prospère pendant que la nation s’enlise. Le contraste est violent. D’un côté, un peuple accablé par la cherté de la vie, l’insécurité économique et l’absence de perspectives ; de l’autre, des conseillers qui collectionnent privilèges, avantages et signes extérieurs de richesse, le tout sous le regard impuissant – ou anesthésié – des institutions de contrôle.

L’impunité comme système de gouvernance

Le plus troublant n’est pas seulement l’enrichissement. C’est l’impunité qui l’accompagne. Aucun audit sérieux, aucune enquête indépendante, aucun mécanisme efficace pour interroger l’origine de ces fortunes soudaines. Dans cette République, le pouvoir ne protège plus l’intérêt général : il protège ceux qui le détiennent. La loi, pourtant proclamée égale pour tous, semble s’arrêter aux portes feutrées des palais.

Des hommes, mais surtout un symptôme

Ces neuf Conseillers-présidants ne sont pas une anomalie ; ils sont le symptôme. Le symptôme d’un État capturé par une minorité qui confond service public et opportunité personnelle. Ils illustrent une dérive dangereuse : celle où la fonction devient un investissement, le mandat une rente, et la loyauté politique une monnaie d’échange.

Une morale publique en ruine

Pendant ce temps, la morale publique se délite. Le message envoyé à la jeunesse est limpide et désastreux : ce n’est ni le travail ni la compétence qui élèvent, mais l’allégeance et la proximité avec le pouvoir. La République cesse alors d’être un projet collectif pour devenir un terrain de chasse réservé aux initiés.

Une façade démocratique qui craque

Il faut le dire clairement : une République où l’impunité règne n’est plus une République juste. C’est une façade démocratique derrière laquelle s’organise la prédation. Tant que ces enrichissements resteront sans explication, tant que ces conseillers continueront à prospérer sans contrôle, la confiance entre l’État et les citoyens continuera de se fissurer, dangereusement.

L’histoire finit toujours par demander des comptes

L’histoire nous l’enseigne : les peuples peuvent endurer la pauvreté, mais rarement l’injustice ostentatoire. Et quand le bonheur insolent des nouveaux riches du pouvoir devient trop visible, trop provocateur, il finit toujours par réveiller les consciences. À ce moment-là, il ne sert plus à rien de se cacher derrière les titres, les fonctions ou les gardes rapprochées.
Car aucune impunité n’est éternelle. Et aucune richesse bâtie sur le mépris du bien commun n’est véritablement stable.

Abdias DENIS, Philosophe, Politologue Maître en Science du Développement, essayiste, pamphletaire et Journaliste

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