Alix Didier Fils-Aimé : Un Premier ministre sous protection étrangère

Alix Didier Fils-Aimé : Un Premier ministre sous protection étrangère

Alix Didier

I. Une nomination qui ne doit rien au hasard

Qu’on cesse l’hypocrisie. Qu’on arrête de faire semblant de croire que ce qui se joue aujourd’hui en Haïti relève d’un choix souverain, d’un compromis national ou d’une dynamique interne maîtrisée. L’arrivée d’Alix Didier Fils-Aimé à la tête de la transition n’est pas un accident politique : c’est une construction froide, méthodique, validée bien loin des quartiers populaires et des provinces oubliées.

Comme avant lui Ariel Henry, il est l’homme d’un pouvoir sans mandat, installé au sommet de l’État par des équilibres diplomatiques plutôt que par une adhésion nationale. Dans un pays où chaque nomination contestée déclenche habituellement des communiqués inquiets, le silence de Washington est ici assourdissant. Ce calme n’est pas une absence de position : c’est la forme la plus nette de l’approbation. Fils-Aimé a franchi le seuil décisif : celui de l’acceptabilité américaine.

II. La bénédiction de Washington : Une constante historique

Depuis plus de vingt ans, la diplomatie américaine filtre et protège les dirigeants haïtiens jugés « gérables ». Ce soutien ne s’exprime pas par des discours enflammés, mais par :

  • La continuité de la coopération sécuritaire ;

  • Le maintien des canaux diplomatiques ouverts ;

  • L’absence totale d’opposition réelle face aux manquements démocratiques.

Le contraste est saisissant : alors que le pays s’enfonce dans une insécurité généralisée et que les territoires sont perdus, aucun signal fort n’est envoyé pour exiger une refondation réelle. Pourquoi ? Parce que l’objectif n’est pas la légitimité, mais une stabilité contrôlée.

III. Le spectre d’Ariel Henry : Le recyclage d’un échec

On feint d’oublier le précédent. Ariel Henry gouvernait sans élection et sans ancrage social, protégé par le discours international sur la « nécessité d’éviter le chaos ». Ce modèle a échoué spectaculairement.

Pourtant, la même logique est recyclée. Alix Didier Fils-Aimé apparaît comme une version 2.0 d’Ariel Henry : un discours plus sobre, une image plus technocratique, mais une dépendance identique à l’appui extérieur. Le décor change, mais la structure de tutelle demeure.

IV. La transition permanente comme outil de domination

En Haïti, la transition est devenue un régime permanent. Elle n’est plus un pont vers la démocratie, mais un mécanisme de gestion de crise au service d’intérêts extérieurs. Dans cette configuration :

  • Le peuple devient une variable d’ajustement, rarement un acteur central.

  • Le calendrier électoral est évoqué sans engagement ferme.

  • La sécurité est prônée sans démantèlement réel des gangs.

Fils-Aimé s’inscrit dans cette normalisation de la tutelle. Sa fonction n’est pas de transformer, mais de contenir ; non pas de rendre le pouvoir au peuple, mais de le maintenir hors de portée.

V. Gouverner pour l’extérieur, gouverner contre l’intérieur

C’est là le cœur du drame haïtien : un dirigeant qui doit sa survie politique à des capitales étrangères est structurellement incapable d’incarner une rupture souveraine. Les « lignes rouges » qu’il ne doit pas franchir ne sont pas nationales, elles sont diplomatiques.

“Gouverner sous protection étrangère, c’est fatalement gouverner contre les aspirations profondes de l’intérieur.”

Conclusion : Pour une rupture avec la répétition tragique

Haïti n’a pas besoin d’un nouveau gestionnaire de crise sous tutelle. Le pays a besoin d’un pouvoir issu d’un rapport direct avec sa population, capable d’assumer le risque politique de la souveraineté.

Tout le reste n’est que domination internationale modernisée, maquillée en « transition responsable ». L’histoire nous l’a déjà prouvé : ce chemin ne mène ni à la paix, ni à la dignité. Il est temps de rompre le cycle.

Abdias DENIS, Philosophe, Politologue, Maître en Science Développement, Essayiste, Pamphletaire, Journaliste et professeur

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