Jean Dominique,
Vingt-six ans. Vingt-six ans que ta voix a été volée. Que ton micro s’est tu, que le silence a envahi les rues et les studios, que l’impunité a pris racine. Et pourtant, rien n’a changé. L’Artibonite que tu défendais avec rage et fierté est aujourd’hui un territoire livré aux bandits. Les rizières que tu protégeais sont brûlées, pillées, abandonnées. Les hommes armés ont remplacé la loi. Et l’État ? Il observe, passif, complice par omission.
Ton combat pour la vérité n’était pas seulement un métier, c’était un engagement sacré. Aujourd’hui, informer est devenu un acte de courage insensé. Osnel Espérance et Junior Célestin l’ont payé de leur vie ou plutôt de leur disparition. Deux noms effacés par l’indifférence officielle, engloutis dans le silence. Vingt-six ans après toi, le journalisme haïtien est toujours sous le joug de la peur, de la violence et de l’impunité.
Chaque mot que nous écrivons aujourd’hui est un cri. Chaque enquête est un défi lancé à ceux qui pensent que la vérité peut être enterrée. Mais l’État continue de regarder ailleurs. La justice continue de dormir. Et le peuple continue de payer le prix de l’inaction.
Jean Dominique, ton assassinat n’était pas un hasard. C’était un signal : la voix libre doit disparaître, ou être muselée. Aujourd’hui, ce signal résonne encore. Les journalistes tombent, disparaissent, disparaissent dans l’oubli institutionnel. La peur devient norme, l’impunité devient loi.
Pourtant, ton héritage survit dans ceux qui refusent de se taire. Dans ceux qui continuent de dénoncer, de révéler, d’informer malgré tout. Moi, Jean Yourry ATOUT, je prends la plume pour rappeler que vingt-six ans de silence ne doivent pas devenir vingt-six ans d’oubli. Que la mémoire de ceux qui sont tombés ne doit pas être trahie.
Le pays que tu aimais est en guerre contre lui-même. Les journalistes paient le prix de la liberté. Et je le crie haut et fort : tant que les disparitions resteront impunies, tant que la vérité restera une menace, le spectre de Jean Dominique planera sur Haïti, comme un reproche, comme un appel à ne jamais accepter l’inacceptable.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




