Dans un pays déjà fragilisé par des crises à répétition, la gestion des finances publiques devrait être guidée par la rigueur, la transparence et un sens aigu de responsabilité. Pourtant, certaines déclarations et attitudes laissent entrevoir une tout autre réalité : celle d’une obsession inquiétante pour les ressources de l’État, perçues non comme un levier de développement, mais comme un butin à épuiser.
L’expression troublante selon laquelle « l’os n’a pas de chair » ne relève pas d’une simple figure de style anodine. Elle révèle une vision brutale et sans détour : celle d’un système vidé de sa substance, où il ne reste plus rien à distribuer — ou plutôt, rien à partager. Cette phrase sonne comme un aveu déguisé, une manière de préparer les esprits à une exploitation totale des maigres ressources encore disponibles.
Dans ce contexte, difficile de ne pas s’interroger sur les véritables motivations d’une telle posture. Pourquoi insister sur l’absence de “chair” autour de l’os, sinon pour suggérer qu’il faut en extraire jusqu’à la dernière parcelle ? Cette logique traduit une approche prédatrice de la gestion publique, où l’intérêt général semble relégué au second plan, au profit d’une captation systématique des fonds de l’État.
Plus grave encore, cette vision s’incarne dans des choix politiques concrets. Les quatre mesures d’austérité annoncées par le Premier ministre ne sont pas de simples ajustements budgétaires : elles traduisent une orientation claire. Elles donnent le sentiment d’un État qu’on ne cherche pas à reconstruire, mais à désosser méthodiquement, jusqu’à la moelle. Derrière le discours de rigueur se profile une réalité plus dure : celle d’un appauvrissement programmé des capacités publiques.
Cette approche s’inscrit dans une continuité préoccupante : celle d’un État perçu comme une caisse à vider plutôt qu’une institution à renforcer. Au lieu de chercher à investir, à relancer ou à redonner confiance à une population déjà éprouvée, ces décisions alimentent la défiance et renforcent l’idée d’un abandon progressif des responsabilités fondamentales.
Dans un tel climat, chaque mot compte. Chaque déclaration révèle une intention, une stratégie, une manière de concevoir le pouvoir. Et lorsque ces mots traduisent une volonté implicite de tout empocher, même ce qui reste à peine, ils deviennent le symptôme d’un mal plus profond : la banalisation du pillage institutionnalisé.
Il est temps de poser les bonnes questions. Peut-on encore tolérer une gouvernance orientée vers l’épuisement des ressources publiques ? Jusqu’où ira cette logique de prédation ? Et surtout, qui paiera le prix final de cet “os sans chair” ?
La réponse, malheureusement, semble déjà connue : ce sont les citoyens, une fois de plus, qui devront faire face aux conséquences d’un État vidé de ses moyens, de sa substance et de sa mission.
Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire




