Quand les bandits applaudissent le pouvoir

Quand les bandits applaudissent le pouvoir

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Il y a des images qui ne laissent aucune échappatoire. Dans une vidéo virale diffusée sur les réseaux sociaux, des hommes lourdement armés scandent “Vive Alix”. La scène choque, dérange, et surtout interroge. Car dans un pays rongé par l’insécurité, voir des groupes armés afficher publiquement une telle proximité symbolique avec le pouvoir n’est pas anodin.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé se retrouve ainsi au centre d’une perception lourde : celle d’un État qui ne parvient plus à imposer la crainte ni le respect aux groupes criminels. Or, un pouvoir qui ne dissuade plus finit toujours par être testé, défié, puis contourné.

Cette vidéo choque davantage par ce qu’elle suggère que par ce qu’elle montre. Elle donne l’impression d’acteurs armés évoluant sans contrainte réelle, dans un espace où l’État n’est plus qu’un décor lointain. On ne célèbre pas un pouvoir qui vous combat ; on acclame celui que l’on pense accommodant.

Dans la même séquence largement relayée en ligne, apparaissent également des images attribuées à “Lanmò San Jou”, montrant l’exécution d’un jeune homme à l’arme automatique. Si ces images sont authentiques, elles traduisent une réalité brutale : celle d’une violence qui ne se contente plus de frapper, mais qui exhibe sa domination, comme pour rappeler qui contrôle le terrain.

Sur le terrain, justement, les gangs imposent leur rythme. Ils occupent des territoires, dictent leurs règles et remplacent progressivement l’autorité publique. Ce n’est plus seulement une question de criminalité : c’est une logique de pouvoir parallèle qui s’installe.

Et pendant que cette emprise s’étend, les tragédies se multiplient. Pont-Sondé, Jean Denis, Carrefour-Feuilles, Liancourt, Kenscoff, Marigot, Verrettes, Mirebalais… Autant de lieux devenus synonymes d’attaques, de deuils et d’abandon. Derrière chaque nom, une même réalité : une population livrée à elle-même.

Face à cela, les réactions officielles paraissent faibles, tardives ou insuffisantes. Et ce décalage nourrit une impression dangereuse : celle d’un pouvoir qui subit plus qu’il n’agit. En politique, ce type de perception devient rapidement un facteur d’érosion de l’autorité.

La question n’est donc plus seulement sécuritaire. Elle est politique et existentielle : qui exerce réellement le pouvoir sur le territoire ? Car pendant que l’État hésite, les groupes armés avancent, s’installent et s’affirment, parfois avec une assurance qui dit tout du rapport de force.

Une démocratie ne survit pas à une telle inversion. Gouverner, ce n’est pas commenter la violence : c’est la contenir, la briser et rétablir l’autorité. Tant que cette rupture n’aura pas lieu, ces images de bandits qui applaudissent le pouvoir resteront plus qu’un scandale médiatique. Elles deviendront le symbole d’un État qui doute de sa propre force.

Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire

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