Près de cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, la justice fédérale américaine a franchi une étape majeure. Le vendredi 8 mai 2026, un jury fédéral de Miami a reconnu coupables quatre accusés poursuivis dans le cadre du dossier lié au meurtre du chef d’État survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 à sa résidence privée de Pèlerin 5, en Haïti.
Après plusieurs semaines d’audiences et des dizaines de témoignages, les jurés ont conclu que les accusés avaient participé à une conspiration visant soit à enlever, soit à éliminer le président haïtien. Le verdict a été rendu devant une cour fédérale de Miami, au terme d’un procès particulièrement suivi aux États-Unis comme en Haïti.
Parmi les personnes reconnues coupables figurent Arcángel Pretel Ortiz et Antonio « Tony » Intriago, associés à la société de sécurité CTU basée à Doral, James Solages, présenté comme un collaborateur de cette structure, ainsi que Walter Veintemilla, un courtier hypothécaire de la région de Broward. Selon les procureurs américains, ces hommes auraient joué un rôle central dans l’organisation et le financement de l’opération ayant conduit à l’assassinat du président haïtien.
L’accusation soutient qu’un réseau basé dans le sud de la Floride avait recruté plusieurs anciens militaires colombiens afin de mener une opération armée destinée à renverser Jovenel Moïse. En échange, certains acteurs impliqués espéraient obtenir d’importants contrats liés à la sécurité et aux infrastructures en Haïti sous une future administration politique favorable à leurs intérêts.
De leur côté, les avocats de la défense ont tenté de semer le doute sur la responsabilité directe des accusés, avançant notamment la thèse selon laquelle le président aurait déjà été tué avant l’arrivée des mercenaires colombiens à sa résidence. Malgré ces arguments, le jury a retenu les charges présentées par les procureurs fédéraux.
Les quatre hommes ont été déclarés coupables de plusieurs chefs d’accusation, notamment complot en vue de fournir un soutien matériel à une opération criminelle, infractions liées au terrorisme et violation du Neutrality Act, une loi américaine interdisant l’organisation d’actions militaires contre un pays allié des États-Unis.
Un cinquième accusé, Christian Emmanuel Sanon, considéré par les enquêteurs comme une figure importante du projet politique préparé avant l’assassinat, sera jugé séparément pour des raisons de santé.
Selon des éléments révélés durant les audiences, le coût global de l’opération aurait atteint environ 343 000 dollars américains. Une partie significative des fonds aurait servi à financer la logistique et la sécurité entourant Christian Emmanuel Sanon, présenté à l’époque comme un potentiel successeur de Jovenel Moïse.
Reconnaus coupables, les quatre accusés risquent désormais la prison à vie dans cette affaire qui continue de secouer la société haïtienne et de soulever de nombreuses interrogations sur les ramifications politiques, économiques et internationales du complot.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




