Alors que l’insécurité continue de ravager le quotidien des Haïtiens, le discours porté par la ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, devant le Conseil de sécurité de l’ONU est perçu par plusieurs voix comme une tentative de réécrire une réalité devenue impossible à cacher.
En affirmant que la situation sécuritaire du pays connaît des améliorations et que des progrès « réels » sont enregistrés sur le terrain, la ministre a provoqué une vague de réactions indignées. Pour ses critiques, ces déclarations ne correspondent pas à l’Haïti vécue par des millions de citoyens, mais plutôt à une image fabriquée pour rassurer les partenaires internationaux.
Pendant que le gouvernement parle d’avancées, des familles continuent d’enterrer leurs proches, des quartiers restent paralysés par la violence des groupes armés et des milliers de citoyens abandonnent leurs maisons pour échapper aux massacres, aux enlèvements et aux menaces quotidiennes.
Le mouvement Nou Bouke, organisation de la diaspora haïtienne, est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il considère comme un « mensonge d’État ». L’organisation accuse Raina Forbin d’avoir présenté devant les Nations unies une version « fausse et déconnectée » de la situation nationale et réclame son départ du gouvernement.
Dans sa prise de position, Nou Bouke estime qu’une ministre qui choisit, selon ses termes, « le mensonge, la manipulation et le mépris » envers la population haïtienne et sa diaspora ne peut plus représenter le pays sur la scène internationale. L’organisation rappelle que plus de 1 600 personnes auraient été tuées durant le premier trimestre de 2026 et que près de 1,5 million d’Haïtiens vivent actuellement déplacés à l’intérieur du pays.
Face à ces chiffres, le discours officiel apparaît, pour ses détracteurs, comme une provocation supplémentaire envers une population qui ne voit aucune amélioration dans son quotidien. Car derrière les déclarations diplomatiques, la réalité reste celle des territoires contrôlés par des gangs, des institutions affaiblies et d’un État qui peine à garantir le minimum de sécurité à ses citoyens.
Pour plusieurs observateurs, le problème n’est plus seulement l’échec des réponses sécuritaires, mais aussi le fossé grandissant entre la communication du pouvoir et la souffrance populaire. À force de présenter une Haïti en reconstruction depuis les tribunes internationales, les autorités risquent d’alimenter davantage la méfiance d’une population qui réclame des actes plutôt que des discours.
Entre les couloirs feutrés de l’ONU et les rues où règnent la peur et l’abandon, une question dérangeante s’impose : la diplomatie haïtienne défend-elle la réalité du pays ou tente-t-elle simplement de sauver l’image d’un pouvoir incapable de convaincre son propre peuple ?
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




