Les États-Unis ont franchi un nouveau cap dans le dossier haïtien avec l’adoption du Haiti Criminal Collusion Transparency Act, une législation destinée à sanctionner les individus et entités impliqués dans des alliances avec les gangs criminels opérant en Haïti. Le texte a été promulgué dans la soirée du jeudi 18 décembre par le président américain Donald J. Trump, consacrant ainsi plusieurs années de mobilisation politique et citoyenne autour de la question de la responsabilité des acteurs alimentant la crise sécuritaire haïtienne.
Cette loi est l’aboutissement d’un vaste mouvement de plaidoyer lancé notamment lors de la marche « Souf Pou Ayiti », organisée le 9 juillet 2023 sous le leadership du pasteur Gregory Toussaint. Ce rassemblement, initialement prévu comme une action de pression symbolique, s’est rapidement transformé en un mouvement international d’envergure, avec des manifestations organisées dans les cinquante États américains, la participation de soixante-sept pays à travers le monde et des actions menées dans l’ensemble des dix départements d’Haïti. Selon les organisateurs, la mobilisation a réuni près d’un millier de pasteurs et de leaders religieux, une centaine de médias ainsi que plus de cinq cents organisations à but non lucratif, tous unis pour réclamer des mesures concrètes contre ceux qu’ils considèrent comme les architectes indirects de la violence armée en Haïti.
Après plusieurs mois de travail discret sur le plan diplomatique et législatif, les revendications portées par le mouvement ont finalement trouvé un écho au Congrès américain. Les initiateurs de la démarche saluent notamment le rôle de l’organisation NEAHON, à l’origine de la présentation du projet de loi, ainsi que l’engagement de pasteurs haïtiens de la diaspora. Ils reconnaissent également l’appui de plusieurs figures politiques influentes, dont la députée Sheila Cherfilus-McCormick, le leader démocrate Hakeem Jeffries, le sénateur Chuck Schumer, le secrétaire d’État Marco Rubio et le sénateur Rick Scott, qui ont contribué à faire aboutir le texte dans un contexte politique pourtant marqué par de fortes divergences.
Dans son contenu, le Haiti Criminal Collusion Transparency Act vise explicitement les personnes et structures, publiques ou privées, qui facilitent, financent ou tirent profit des activités des gangs criminels en Haïti. La loi autorise l’imposition de sanctions ciblées, de restrictions de visas ainsi que de poursuites civiles, pénales et financières contre les acteurs reconnus coupables de collusion. Pour ses promoteurs, il s’agit de frapper la criminalité organisée à sa source, en s’attaquant aux réseaux d’influence et de protection qui permettent aux groupes armés de prospérer, tout en renforçant les principes de l’État de droit et la protection des populations civiles.
L’adoption de cette législation remet également au premier plan la question du statut des ressortissants haïtiens vivant aux États-Unis. Dans un contexte marqué par la persistance des violences, des enlèvements et des liens avérés entre gangs armés et élites économiques ou politiques, les défenseurs des droits humains estiment que la prolongation du Statut de protection temporaire (TPS) demeure une urgence humanitaire. Un retour forcé en Haïti, soulignent-ils, exposerait de nombreux migrants à des risques graves.
Malgré la portée politique et symbolique de cette avancée, les initiateurs du mouvement rappellent que la bataille est loin d’être terminée. Ils affirment leur détermination à poursuivre le plaidoyer jusqu’à ce que la paix, la justice et une stabilité durable deviennent une réalité pour la population haïtienne. Si l’adoption du Haiti Criminal Collusion Transparency Act ouvre un nouveau chapitre dans l’implication des États-Unis face à la crise haïtienne, une interrogation demeure centrale : la mise en œuvre de cette loi sera-t-elle à la hauteur des attentes, et parviendra-t-elle réellement à atteindre les acteurs qui, dans l’ombre, alimentent l’effondrement sécuritaire et institutionnel d’Haïti ?
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




