Ariana Milagro Lafond, lauréate de la 8e édition de “House Of Challenge”, est l’incarnation d’une vérité brutale : en Haïti, il ne manque pas de jeunes talentieux, mais il y a une absence d’encadrement de l’État. Et cela pose une question dérangeante : combien d’Ariana sont perdues dans l’ombre ?
Car Ariana n’est pas une exception rare. Elle est un exemple parmi tant d’autres. Haïti regorge de jeunes filles et de jeunes hommes bourrés de talent, parfois même plus prometteurs encore. Mais ces talents restent invisibles, étouffés non pas par manque de capacité, mais par absence totale d’encadrement. On sait qu’il y a une instance qui est censée être le moteur de valorisation de la jeunesse, elle semble qu’elle ne joue pas vraiment son rôle. Et ce vide institutionnel coûte cher, très cher.
On a trop longtemps oublié que la jeunesse est une ressource stratégique. Une jeunesse encadrée devient une richesse nationale. Elle crée, elle innove, elle transforme. Elle devient une force économique et sociale capable de redresser un pays. Mais une jeunesse abandonnée devient fragile, vulnérable, et finit par être récupérée par les pires dérives.
Le chômage juvénile qui explose aujourd’hui n’est pas un hasard. C’est le résultat direct de l’inaction, du manque de vision et de l’absence de politiques sérieuses en matière de jeunesse. Quand un État ne structure pas ses jeunes, il fabrique lui-même l’instabilité qu’il subira plus tard.
La jeunesse haïtienne ne réclame pas des discours. Elle réclame des actes. Elle veut une instance qui fonctionne, qui encadre, qui forme, qui détecte et développe les talents. Elle veut des centres, des programmes, des opportunités concrètes. Elle veut exister.
Des “ Ariana Milagro Lafond et Jean Jean Rousevelte”, il y en a partout dans le pays. Des esprits brillants, des talents bruts, des potentiels immenses. Mais sans encadrement, ces noms ne deviendront jamais visibles. Ils resteront dans l’anonymat ou, pire encore, seront happés par un environnement où le banditisme devient parfois la seule voie accessible.
Et c’est là que réside le véritable danger. Une jeunesse sans perspective est une proie facile pour le chaos. Le grand banditisme ambiant n’absorbe pas les jeunes par hasard : il profite du vide laissé par l’État.
Si rien n’est fait, la conséquence est inévitable : une génération entière sera sacrifiée. Non pas faute de talent, mais faute de structure.
Ariana Milagro Lafond nous montre ce que peut accomplir un talent déterminé, même dans l’adversité. Mais un pays ne peut pas compter sur des réussites isolées pour avancer. Il doit créer un système où chaque talent a une chance réelle d’émerger.
Parce qu’au fond, le problème n’est pas le manque de talent en Haïti.
Le problème, c’est l’abandon organisé de sa jeunesse.
Abdias DENIS
Spécialiste en Développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire




