Balles gaspillées, vies exposées : la Police nationale d’Haïti face à sa propre irresponsabilité

Balles gaspillées, vies exposées : la Police nationale d’Haïti face à sa propre irresponsabilité

IMG_8589

Dans une Haïti asphyxiée par l’insécurité, où les gangs armés imposent leur loi et où la Police nationale d’Haïti peine à rétablir l’autorité de l’État, chaque munition devrait être utilisée avec rigueur, responsabilité et sens du devoir. Pourtant, une réalité choquante persiste depuis plusieurs années : des balles appartenant à l’institution policière sont gaspillées lors de fêtes privées, dans une indifférence institutionnelle qui frôle l’irresponsabilité collective.

Sur le terrain, les policiers ne cessent de dénoncer le manque de munitions pour affronter des groupes criminels lourdement armés. Des opérations sont retardées, limitées ou abandonnées faute de moyens. Dans le même temps, lors de célébrations organisées dans certains quartiers, des agents de la PNH font feu en l’air, sans menace ni justification opérationnelle, transformant des ressources publiques en démonstrations festives. Ce paradoxe illustre une gestion incohérente et dangereuse des moyens sécuritaires du pays.

Ces pratiques constituent une violation grave des principes fondamentaux de la profession policière. Les munitions de la PNH ne sont ni un bien personnel ni un outil de divertissement. Elles relèvent du patrimoine de l’État et doivent servir exclusivement à la protection des citoyens et au maintien de l’ordre. Leur usage abusif traduit une dérive éthique profonde au sein de l’institution.

Les conséquences humaines de cette irresponsabilité sont réelles et parfois dramatiques. Les balles tirées en l’air retombent. Elles blessent. Elles tuent. Des citoyens, étrangers à toute situation conflictuelle, ont déjà été atteints par des balles perdues issues de ces actes inconsidérés. Face à ces drames, l’absence de sanctions claires et publiques renforce le sentiment d’impunité et mine la confiance de la population envers la police.

Cette situation engage directement la responsabilité du haut commandement de la Police nationale d’Haïti. Le directeur général ai, Vladimir Paraison, ne peut se soustraire à l’obligation de contrôle et de discipline qui incombe à sa fonction. La traçabilité des munitions, la surveillance de leur utilisation et l’application de sanctions exemplaires devraient être des priorités absolues. Une police incapable de se réguler en interne ne peut prétendre imposer l’ordre à l’extérieur.

En tolérant ces dérives, la PNH compromet sa mission première et affaiblit davantage sa crédibilité dans un contexte déjà marqué par la méfiance et la peur. L’insécurité en Haïti n’est pas seulement le produit de la violence des gangs ; elle est aussi alimentée par les failles de gouvernance, le laxisme hiérarchique et l’incapacité de l’institution policière à faire respecter ses propres règles.

Cette dénonciation ne vise pas l’ensemble des policiers, dont beaucoup exercent leur métier avec courage et professionnalisme dans des conditions extrêmes. Elle s’adresse à une institution qui laisse s’installer des pratiques dangereuses et à un commandement qui tarde à agir, malgré les risques évidents pour la population.

Dans un pays où chaque balle peut ôter une vie, aucune ne devrait être tirée pour célébrer. Chaque munition gaspillée expose un citoyen de plus et constitue un aveu d’échec. Tant que la Police nationale d’Haïti ne fera pas preuve de discipline, de transparence et de responsabilité, la sécurité restera un idéal lointain plutôt qu’une réalité tangible.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

Partager maintenant