Le 7 février 2026 approche. Avec lui, la fin annoncée du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), né de l’Accord du 12 avril 2024 et présenté, à l’époque, comme l’ultime recours pour sortir Haïti de l’effondrement. Deux ans plus tard, le verdict est sans appel : la transition a trahi le peuple haïtien. Ce qui devait être une parenthèse de redressement s’est transformé en un nouvel épisode de désillusion, d’imposture politique et de corruption institutionnalisée.
Dès sa mise en place, le CPT s’est vu confier deux missions essentielles : rétablir la sécurité et créer les conditions d’élections crédibles. Aucune des deux n’a été remplie. L’insécurité n’a pas reculé ; elle s’est étendue. Des quartiers entiers, des communes stratégiques, des axes routiers vitaux sont passés sous le contrôle de groupes armés. L’État s’est replié, parfois absent, souvent complice par son silence. Pendant ce temps, la population vit entre la peur, l’exode forcé et la mort banalisée.
Mais l’échec du CPT ne se limite pas à son incapacité à gouverner. Il réside surtout dans sa nature même. Composé de représentants issus des partis politiques et de certaines franges de la société civile, le Conseil a rapidement cessé d’être un instrument de transition pour devenir un espace de négociation d’intérêts, un lieu de partage de pouvoir et de privilèges. Derrière le discours officiel de consensus et de stabilité, s’est installée une logique de calculs politiques, de clientélisme et de protection mutuelle.
À l’approche de la fin du mandat, le cynisme atteint son paroxysme. Les mêmes acteurs politiques qui ont porté le CPT, qui ont bénéficié de la transition, qui ont cautionné son inertie, multiplient aujourd’hui réunions, conférences et déclarations pour proposer de nouvelles « solutions » à la crise. Comme si l’échec n’avait jamais existé. Comme si le peuple n’avait rien vu, rien compris. C’est là que l’imposture devient totale.
Aucune autocritique. Aucun aveu d’échec. Aucun sens de responsabilité. Le CPT échoue, mais personne n’est comptable. La transition s’effondre, mais chacun se prépare déjà à la suivante. En Haïti, l’échec politique n’est jamais une faute ; il devient une monnaie d’échange, un tremplin vers un nouveau poste, un nouvel accord, une nouvelle transition.
La corruption, elle, n’a jamais été combattue. Elle a prospéré. Elle s’est adaptée aux nouvelles structures. Elle s’est dissimulée derrière le langage technocratique, les communiqués officiels et les discours sur la gouvernance. Pendant que la majorité de la population s’enfonce dans la misère, certains acteurs de la transition ont consolidé leur position économique et politique. Le CPT n’a pas été un remède ; il a été un accélérateur de la crise.
Le peuple haïtien, une fois de plus, se retrouve face à un constat amer : on a parlé en son nom sans jamais agir pour lui. On a promis la rupture, mais on a perpétué le système. On a invoqué l’urgence nationale pour mieux masquer les intérêts personnels. Cette transition n’a pas seulement échoué ; elle a trahi.
Haïti ne pourra pas sortir de cette spirale tant que les mêmes acteurs continueront de se recycler dans les mêmes schémas. Tant que la corruption restera le cœur du pouvoir. Tant que l’on confondra transition avec partage du gâteau. Le pays n’a pas besoin d’une nouvelle mise en scène politique. Il a besoin d’une rupture réelle, morale et institutionnelle.
Sinon, demain comme hier, on parlera encore de transition. Et le peuple, lui, continuera de payer le prix de l’imposture.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




