Quand la fin d’un mandat devient une opération de sauvetage personnel
Ils prétendent agir au nom de la nation. Mais la nation est la grande absente de cette décision.Ce qui s’est joué n’a rien d’un acte d’État : c’est un réflexe de survie politique, exécuté à la dernière minute par des responsables qui savent qu’ils n’auront plus demain l’autorité qu’ils exercent encore aujourd’hui.
À quelques jours de la fin de leur mandat, cinq Conseillers-présidents du CPT ont révoqué le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Pas pour sauver le pays. Pas pour corriger une dérive. Pas pour répondre à une urgence nationale. Mais pour verrouiller, imposer, laisser une trace qui les protège après le pouvoir.
Un acte inutile pour l’État, utile pour ses auteurs
Soyons clairs : cette révocation ne règle aucun problème national. Elle n’améliore ni la sécurité, ni l’économie, ni la gouvernance. Elle ne stabilise rien, elle ne réforme rien, elle ne prépare rien.
En revanche, elle sert parfaitement des intérêts individuels :
elle redistribue des rapports de force de dernière minute,
elle règle des comptes politiques, elle repositionne certains acteurs avant leur sortie,
elle brouille les responsabilités futures. C’est exactement ce qu’on fait quand on pense à soi et non au pays.
La chronologie comme preuve de la manœuvre
Si le Premier ministre était incompétent, dangereux ou fautif, pourquoi l’avoir toléré jusqu’au dernier moment ? Pourquoi attendre la fin du mandat, quand toute correction est vaine et toute conséquence évitable ?
Cette chronologie n’est pas une coïncidence. Elle est une preuve. Elle démontre que ce geste n’avait rien d’urgent, rien de nécessaire, rien de patriotique. Il fallait simplement agir avant de perdre le pouvoir, pas pour améliorer l’État, mais pour contrôler l’après.
Ce n’est pas de la politique. C’est du calcul
La politique suppose une vision, un risque, une responsabilité. Ici, il n’y a ni vision, ni courage, ni responsabilité. Il y a : de la peur de l’avenir, de la protection personnelle,
de l’opportunisme institutionnel.
Quand on gouverne vraiment, on tranche tôt. Quand on calcule, on tranche à la fin. Ce geste ne relève pas de la gouvernance. Il relève de la manœuvre.
Le CPT, ou l’art de confondre transition et appropriation
Le CPT n’a pas conduit une transition jusqu’à son terme. Il a exploité une transition, ruiné tout un pays et detrui toute une jeunesse.
Au lieu de préparer une sortie responsable, il a préféré un dernier acte de domination. Au lieu de transmettre proprement, il a choisi de perturber la vie nationale. Au lieu de servir l’État jusqu’au bout, il a utilisé l’État jusqu’au bout. C’est précisément ainsi que le pouvoir cesse d’être une mission et devient une propriété privée.
Cinq signatures, une même fuite en avant
Ces cinq signatures ne symbolisent ni autorité morale, ni héritage politique. Elles symbolisent la fin d’un cycle sans grandeur, la peur de rendre des comptes, et la volonté de laisser un champ politique miné à ceux qui viennent après. Ce n’est pas un legs.
C’est un sabotage institutionnel de dernière minute.
Le scandale n’est pas la révocation. Le scandale, c’est l’intention. Le vrai scandale n’est pas qu’un Premier ministre ait été révoqué. Le scandale, c’est pourquoi, quand et par qui.
Dans un pays exsangue, dans une crise multidimensionnelle, ils ont choisi de penser à leur position future plutôt qu’à l’équilibre national. Ils ont préféré leurs intérêts personnels à l’intérêt collectif. Ils ont préféré leur sortie à la stabilité du pays. La transition passera. Le pays survivra.
Mais l’histoire, elle, ne sera pas indulgente.
Elle retiendra qu’au moment de partir, certains ont confondu l’État avec un butin, le pouvoir avec un droit acquis, et la nation avec un alibi.
Abdias DENIS
Philosophe – Politologue Spécialiste en Développement Journaliste – Professeur Essayiste – Pamphletaire




