Entre ténèbres et espoir : Haïti réapparaît sur la carte du monde

Entre ténèbres et espoir : Haïti réapparaît sur la carte du monde

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Lorsque la FIFA a annoncé la présence d’Haïti dans le Groupe C du Mondial 2026, c’est un pays meurtri mais vibrant qui a tressailli. Depuis des années, la nation se débat dans une obscurité tissée d’insécurité, d’effondrement institutionnel et de découragement. Mais cette qualification, tombée comme une clarté inattendue dans un paysage de tempête, a momentanément repoussé les ombres. Elle n’a pas effacé les drames : elle a simplement ravivé cette flamme fragile mais indestructible qu’on appelle l’espoir haïtien.

 

Dans un pays qui vacille, où le quotidien est traversé d’angoisse et où les routes se transforment en frontières internes, voir le bleu et rouge figurer parmi les drapeaux des puissances du football relève presque du miracle. Au moment même où les nouvelles internationales se plaisent à répéter la chute du pays, Haïti apparaît autrement : non plus comme une tragédie permanente, mais comme une ambition. La présence du drapeau dans l’arène du Mondial devient alors un acte de résistance. Elle dit qu’un peuple refusant l’effacement existe encore, déterminé à se tenir debout malgré la noirceur qui l’entoure.

 

Le tirage du Groupe C, Brésil, Maroc, Écosse représente un défi immense. Mais la portée de cette participation dépasse infiniment la dimension sportive. Elle constitue une réapparition symbolique sur la carte du monde. Depuis trop longtemps, Haïti est mentionnée uniquement pour ses catastrophes, ses crises ou ses blessures. En s’invitant dans la plus grande vitrine sportive mondiale, la nation rappelle qu’elle porte aussi en elle du talent, de l’énergie, de la passion, une culture forte et une histoire exceptionnelle. Le football offre un angle différent, un instant où le pays se présente non pas comme un fardeau mais comme un protagoniste.

 

Cette présence ouvre aussi une fenêtre économique et touristique. Le Mondial est un projecteur, et sous cette lumière, Haïti pourrait dévoiler tout ce que le chaos a trop souvent recouvert. La Citadelle Henry, majestueuse dans son silence ; les plages du Sud, où l’eau reste souveraine malgré les intempéries du pays ; l’artisanat authentique, la cuisine généreuse, la musique vibrante, la créativité qui traverse les quartiers même les plus fragilisés. Le monde pourrait redécouvrir ce pays qu’il croit connaître mais qu’il n’a jamais vraiment vu. L’opportunité existe, mais elle repose sur une condition essentielle : restaurer la sécurité. Aucune relance touristique, aucune ouverture économique n’est possible si les routes restent impraticables et les villes sous tension.

 

La joie de la qualification doit donc aller plus loin que l’euphorie. Elle doit devenir une prise de conscience. Haïti ne peut pas espérer séduire le monde tout en laissant la violence dicter sa trajectoire intérieure. La fierté populaire doit se transformer en exigence politique, en sursaut citoyen, en volonté partagée de reconstruire un territoire où il soit possible de vivre, de circuler, de créer. La véritable victoire ne se jouera pas contre le Brésil ou le Maroc : elle se jouera contre la résignation et l’inaction.

 

Sur le terrain, les joueurs haïtiens affronteront des géants. Mais leur mission dépasse largement le cadre du jeu. Ils seront les porteurs d’un récit national, les porte-voix d’un pays qui lutte pour rejoindre la lumière. Chaque minute jouée dira que même plongée dans les ténèbres, Haïti continue de chercher son chemin vers l’espoir. Elle dira qu’un pays brisé peut encore aspirer à la dignité et refuser sa disparition symbolique.

 

La Coupe du monde ne sauvera pas Haïti, mais elle lui offre une scène, un miroir et une impulsion. Elle lui permet de se regarder autrement et d’obliger le monde à la voir autrement. Le drapeau qui flottera dans les stades ne sera pas un simple emblème sportif : il sera la preuve qu’un peuple peut se relever, qu’une nation peut résister et qu’une identité peut briller même au bord du gouffre.

 

En 2026, Haïti ne fera pas qu’entrer dans une compétition. Elle tentera de redevenir visible, audible et respectable. Entre ténèbres et espoir, elle réapparaît sur la carte du monde. Reste maintenant à savoir si elle saura y rester.

 

 

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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