Dans l’idéal démocratique, un parti politique devrait incarner la conscience organisée d’un peuple, le pont entre ses rêves et les institutions qui les portent. Dans la réalité haïtienne, cette belle idée se dissoute souvent dans la poussière d’un système éclaté, où l’ambition personnelle a remplacé la mission civique, et où la politique s’est muée en métier plutôt qu’en engagement citoyen .
Un parti politique, dans son sens global et constitutionnel, n’est pas une boutique électorale ni un drapeau opportuniste pour ceux et celle qui le pratique, mais plutôt un instrument du pluralisme, un cadre de formation et de réflexion collective, une école de la démocratie. La Constitution Haitienne de 1987 en a consacré le droit, reconnaissant à tout citoyen la liberté d’association pour la conquête du pouvoir par des voies légales. Mais en Haïti, la norme est devenue l’exception : la plupart des partis naissent à l’approche des élections, sans idéologie, sans base sociale, sans vision future, sans boussole morale.
Ce foisonnement d’étiquettes, qui se compte par centaines, n’est pas le signe d’une démocratie florissante, mais celui d’un désordre politique institutionnalisé.
On assiste à une inflation de formations politiques dont la seule véritable activité consiste à annoncer leur participation aux scrutins pour bénéficier de la subvention publique. Ainsi, l’État, dans un pays où l’école et la santé manquent de tout, se fait mécène d’entités sans existence concrète, finançant la façade d’un pluralisme qui n’existe que sur papier.
La mission première du parti celle d’éduquer, de représenter, de proposer se perd dans la quête du profit. Les leaders, souvent plus préoccupés par la visibilité que par la vision, transforment le jeu démocratique en un marché de promesses.
Ce phénomène, à la croisée du droit et de la sociologie, témoigne d’une dérive structurelle : la politique n’est plus un service rendu à la nation, mais une stratégie de survie, un instrument d’accès aux ressources publiques.
Dans un État pauvre, cette réalité devient une tragédie silencieuse.
Car pendant que les hôpitaux meurent, que les routes se décomposent et que les enfants étudient dans la poussière, des dizaines de « partis » réclament leur part du budget national. L’argent public, censé renforcer la démocratie, nourrit ainsi une illusion démocratique, où la forme supplante le fond, et où la République finance ses propres mirages.
Au fond, la question n’est plus de savoir combien de partis existent, mais combien méritent d’exister.
Haïti ne manque pas de voix, mais de direction.
Et tant que la politique restera un commerce et non une conviction politique , le pays continuera à marcher à contre-courant de son idéal républicain celui d’une nation où chaque parti serait une école de liberté, et non une boutique de promesses.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




