Haïti : quand la hausse des prix du carburant devient une condamnation sociale

Haïti : quand la hausse des prix du carburant devient une condamnation sociale

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Le 29 mars 2026, le gouvernement haïtien a mis en place un Conseil consultatif sur la régulation et le contrôle des prix des produits pétroliers. Une décision présentée comme technique, presque rassurante dans sa forme. Mais dans les faits, elle agit comme un coup de massue sur une population déjà à bout.

Moins d’une semaine après, les conséquences sont visibles, brutales, immédiates. Le transport public devient un luxe. Les parents, étranglés, n’envoient plus leurs enfants à l’école. Les ouvriers consacrent l’essentiel de leur maigre revenu à se déplacer, quand ils ne renoncent pas tout simplement à travailler. Ce n’est pas une crise abstraite : c’est une asphyxie quotidienne.

Dans un pays plongé dans une urgence humanitaire chronique, augmenter fortement les prix des produits pétroliers revient à attaquer directement les fondations de la survie collective. Le carburant en Haïti, ce n’est pas un simple produit de consommation : c’est le moteur du transport, du commerce, de l’accès à l’éducation et aux soins. En toucher le prix sans filet social réel, c’est condamner les plus vulnérables à disparaître lentement du système.

Le plus troublant reste l’entêtement des autorités. Alors même que les prix sur le marché international montrent des signes de baisse, aucune volonté de réajustement ne se manifeste. Le pouvoir semble s’enfermer dans une logique rigide, déconnectée des réalités du terrain. À la place, il propose des programmes sociaux flous, perçus par beaucoup comme insuffisants, voire symboliques face à l’ampleur du choc.

Cette situation alimente un sentiment profond d’injustice. Une impression que les décisions se prennent sans le peuple, et surtout contre lui. Quand les citoyens ont le sentiment que leur souffrance est ignorée, la colère ne disparaît pas : elle s’accumule.

L’histoire l’a montré à maintes reprises : les crises économiques mal gérées peuvent rapidement se transformer en crises sociales majeures. Et lorsque la faim, l’impossibilité de travailler et l’exclusion s’entremêlent, le risque d’explosion devient réel.

Aujourd’hui, Haïti se trouve à un point de bascule. Continuer sur cette voie sans ajustement ni dialogue sincère, c’est prendre le risque d’un affrontement entre un peuple à bout de souffle et un pouvoir perçu comme sourd à ses cris.

Il est encore temps de réagir. Repenser la politique des prix, mettre en place des mesures d’accompagnement crédibles, écouter réellement les acteurs sociaux : ce ne sont pas des signes de faiblesse, mais des actes de responsabilité.

Car gouverner, ce n’est pas seulement décider. C’est protéger. Et aujourd’hui, une question essentielle se pose : qui protège encore le peuple haïtien ?

Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire

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