Un projet silencieux mais lourd de conséquences est en train de se construire sur le dos de la population haïtienne. Rien n’a été annoncé officiellement, aucune déclaration publique n’a encore été faite. Pourtant, dans les coulisses du pouvoir, des manœuvres s’organisent pour empêcher la fin réelle de la transition et maintenir certains acteurs du Conseil présidentiel de transition aux commandes de l’État.
Selon des informations persistantes, une frange influente du secteur privé pousserait pour conserver Laurent St-Cyr et Lesly Voltaire au cœur du dispositif de pouvoir. Le mécanisme envisagé serait celui d’un Conseil réduit à trois membres, présenté comme une formule de compromis. La société civile serait appelée à désigner un représentant, mais là encore, le processus serait orienté. Le nom qui circule serait celui de Frinel Joseph, une personnalité déjà associée au CPT, ce qui confirmerait la volonté de continuité plutôt que de rupture.
Il ne s’agit donc pas d’un renouvellement, mais d’un recyclage politique. Une tentative de prolongation déguisée, sans l’assumer publiquement, parce que ses promoteurs savent qu’elle serait rejetée par une population épuisée par l’insécurité, la misère et l’absence de résultats concrets.
Il faut le dire avec force : il ne peut pas y avoir de prolongation de mandat. Le Conseil présidentiel de transition avait une mission précise et un cadre temporel clair. Cette mission n’a pas été remplie. L’insécurité s’est aggravée, les groupes armés renforcent leur emprise, l’autorité de l’État demeure fragilisée et la situation humanitaire continue de se détériorer. Dans ces conditions, prétendre rester au pouvoir relève non de la responsabilité, mais de l’aveuglement politique.
Le plus inquiétant dans cette démarche est le mépris qu’elle traduit à l’égard de la population. Décider en petit comité de l’avenir du pays, sans débat public, sans transparence, sans bilan assumé, revient à traiter les citoyens comme de simples spectateurs. Or, l’histoire récente d’Haïti montre que les transitions qui s’éternisent finissent toujours par aggraver les crises qu’elles prétendaient résoudre.
La date du 7 février doit être comprise comme une limite non négociable. Les accords du 3 avril étaient clairs : la transition est exceptionnelle, temporaire et non reconductible. À cette date, tous les membres du CPT doivent partir. Sans exception. Sans aménagement. Sans subterfuge institutionnel. Toute tentative de maintenir un seul membre, directement ou indirectement, constituerait une violation flagrante de l’esprit et de la lettre des engagements pris.
Face à ce risque, la population ne peut pas rester passive. Ce qui se prépare ressemble à un complot politique visant à imposer une continuité rejetée par les faits. Si les citoyens ne se mobilisent pas, si la société reste silencieuse, le CPT pourrait s’installer durablement, sous une forme ou une autre, au mépris de la souffrance collective.
Il est temps que le peuple reste vigilant, ouvre les yeux et refuse toute manipulation. La transition ne peut pas devenir un refuge pour ceux qui ont échoué. Haïti a trop souffert pour accepter encore une fois que l’échec soit reconduit comme mode de gouvernance.
Après le 7 février, il ne doit plus rester aucun membre du CPT.
Ni officiellement, ni officieusement.
Ni par la force, ni par la ruse.
L’avenir du pays ne se négocie pas dans l’ombre. Il se défend par la vigilance et la mobilisation citoyenne.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




