Haïti : une transition qui tourne en rond

Haïti : une transition qui tourne en rond

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La visite, ce vendredi 31 Octobre 2025, de Louis Gérald Gilles et Emmanuel Vertilaire, représentants du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), au Conseil Électoral Provisoire (CEP), marque, selon leurs propres mots, « le lancement officiel du processus électoral ».
Un message d’espoir sur le papier, mais qui, dans la réalité haïtienne, sonne davantage comme une ritournelle familière.

Car derrière les sourires et les déclarations rassurantes, se cache un pays épuisé par des promesses sans lendemain. Depuis plus d’une décennie, Haïti navigue à vue, prisonnière d’une transition politique sans fin, où chaque tentative de relance électorale se heurte aux mêmes obstacles : instabilité chronique, défiance institutionnelle, et absence criante de vision d’ensemble.

Le Conseil Présidentiel admet d’ailleurs, à demi-mot, le retard considérable pris par le CEP dans la mise en œuvre de ses travaux. Mais reconnaître les lenteurs ne suffit plus. Ce que réclament aujourd’hui les citoyens, c’est un calendrier clair, une volonté politique ferme, et surtout des actes concrets.

Certes, il est positif que le Conseil réaffirme sa détermination à enclencher le processus avant la fin de son mandat, tel que prévu dans l’Accord du 3 avril. Mais comment ne pas voir dans cette déclaration un aveu d’impuissance tardif ?
Pourquoi avoir attendu les dernières semaines pour agir ?
Pourquoi ces institutions de transition semblent-elles condamnées à rejouer la même pièce, entre annonces spectaculaires et suivis inexistants ?

Plus de dix ans sans dirigeant légitimement élu — c’est une génération entière d’Haïtiens qui a grandi sans repères politiques stables. Le peuple n’attend plus des discours. Il veut un État qui agit, pas un pouvoir qui communique.

L’annonce prochaine d’un nouveau calendrier électoral, si elle se concrétise, ne suscite plus la même ferveur qu’autrefois. Les mots « processus lancé » ou « relance électorale » ont été si souvent employés qu’ils ont perdu tout relief.

En définitive, cette visite du Conseil Présidentiel au CEP a sans doute une valeur symbolique. Mais la symbolique ne nourrit plus la confiance. Si le processus ne se matérialise pas rapidement et dans la transparence, cette énième transition rejoindra la longue liste des occasions manquées qui jalonnent l’histoire politique d’Haïti.

Et à force de tourner en rond, la transition risque de devenir, non plus un passage, mais un système en soi.

Jocelyn Perez
Radio Tele Uni

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