Hausse du prix du carburant : la goutte de trop dans un pays au bord de l’implosion

Hausse du prix du carburant : la goutte de trop dans un pays au bord de l’implosion

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Ce n’est pas une simple décision économique. C’est une déclaration de guerre silencieuse contre un peuple déjà à genoux. À partir du 2 avril, le gallon de gazoline grimpe à 725 gourdes, le diesel à 850, et le kérosène à 845. Trois chiffres qui résonnent comme un verdict implacable pour des millions d’Haïtiens déjà étranglés par la misère.

Dans un pays où l’insécurité dicte la loi, où l’économie s’effondre, où le pouvoir d’achat n’est plus qu’un souvenir, cette hausse apparaît comme une provocation. Aucune mesure d’accompagnement. Aucun plan d’atténuation. Rien, sinon l’indifférence glaciale d’un pouvoir déconnecté des réalités les plus élémentaires.

Les conséquences seront brutales. Le transport va exploser. Les produits alimentaires deviendront inaccessibles. Les marchés se videront. Les petits commerçants, déjà fragilisés, seront étranglés. C’est toute la chaîne économique qui vacille, dans un pays où survivre est déjà un combat quotidien.

Mais au-delà de l’économie, c’est le tissu social qui risque de se déchirer davantage. La faim, la frustration, l’humiliation accumulée peuvent se transformer en colère incontrôlable. L’histoire récente l’a prouvé : le carburant est souvent l’étincelle qui met le feu aux poudres. Aujourd’hui, avec une population plus vulnérable que jamais, le risque d’explosion sociale est réel, imminent.

Et que dire du contexte sécuritaire ? Des régions entières comme l’Artibonite sont livrées à la terreur des gangs. Les routes nationales sont prises en otage. Les produits circulent difficilement. Le pays fonctionne à l’asphyxie. Dans un tel climat, augmenter le prix du carburant revient à enfoncer un peu plus un peuple déjà submergé.

Sur le plan politique, cette décision est lourde de sens. Elle révèle, une fois de plus, l’incapacité  ou le refus des dirigeants de répondre aux urgences sociales. Elle alimente la méfiance, creuse le fossé entre gouvernants et gouvernés, et ouvre la voie à une instabilité encore plus profonde.

Depuis près de cinq ans, quel bilan ? Des promesses envolées, des dirigeants qui s’enrichissent, et une population abandonnée. Le schéma est toujours le même : changer l’heure, augmenter les prix, et regarder le peuple s’enfoncer dans le silence.

Un silence troublant. Car pendant que la vie devient insoutenable, une partie de la population semble résignée, comme anesthésiée. On en vient à banaliser l’inacceptable. À tolérer la faim. À accepter l’humiliation. Pire encore, à se mobiliser pour quelques billets ou quelques privilèges dérisoires, au profit de ceux-là mêmes qui aggravent la crise.

La hausse du carburant n’est pas qu’une mesure économique. C’est un révélateur. Celui d’un système à bout de souffle, d’une gouvernance en faillite, et d’un peuple pris au piège entre résignation et explosion.

La question n’est plus de savoir si la situation va se détériorer. Elle se détériore déjà. La véritable question est : jusqu’où ? Et surtout, jusqu’à quand le peuple haïtien acceptera-t-il de regarder sa propre descente sans réagir ?

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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