Informer en Haïti est devenu un acte de bravoure. Chaque reportage, chaque déplacement sur le terrain, chaque micro tendu peut se transformer en dernier geste professionnel. Le 24 décembre 2024 restera gravé comme l’un des jours les plus sombres de l’histoire récente de la presse haïtienne. Ce jour-là, alors qu’ils répondaient à une invitation officielle pour couvrir la réouverture de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti, deux journalistes, Jimmy Jean et Mackendy Nathoux, ont été arrachés à la vie. Plusieurs autres de leurs confrères ont été grièvement blessés, certains portant encore aujourd’hui, un an plus tard, les séquelles physiques et morales de cette attaque armée.
Ils étaient présents non par curiosité, ni par provocation, mais par devoir. Par cette conviction profonde que le public a le droit de savoir, même lorsque les conditions sont hostiles, même lorsque la peur est permanente. Ce jour-là, les balles n’ont pas seulement fauché des vies, elles ont visé une profession entière, un droit fondamental : celui d’informer.
Un an après, le silence de la justice résonne douloureusement. Aucune responsabilité clairement établie, aucune sanction connue, aucune réponse à la hauteur de la gravité des faits. Cette absence d’actions concrètes renforce le sentiment d’abandon qui habite de nombreux journalistes haïtiens, livrés à eux-mêmes dans un contexte où l’insécurité dicte sa loi. Pourtant, malgré la peur, malgré les pertes, malgré l’exil forcé de certains et les blessures de tant d’autres, la presse continue d’exister.
Cet hommage s’adresse à toutes celles et à tous ceux qui, chaque jour, choisissent de continuer. À ces journalistes qui sortent de chez eux sans savoir s’ils rentreront. À ceux qui couvrent les manifestations, les attaques, les crises sociales et politiques, souvent sans protection, souvent sans reconnaissance. À ceux qui ont été menacés, agressés, kidnappés, blessés, parfois tués, simplement pour avoir exercé leur métier avec rigueur et honnêteté.
Être journaliste en Haïti aujourd’hui, ce n’est pas seulement informer, c’est résister. Résister à la peur, à la censure par les armes, à l’indifférence institutionnelle. C’est croire encore que la vérité a un sens, que la parole compte, que la lumière finit toujours par percer l’obscurité. Beaucoup continuent ce combat non par intérêt, mais par amour du métier, par engagement envers la population, par fidélité à une mission qu’ils considèrent sacrée.
À la mémoire de Jimmy Jean, de Mackendy Nathoux et de tous les journalistes tombés dans l’exercice de leur fonction, mais aussi à ceux qui vivent avec leurs blessures visibles ou invisibles, ce texte est un acte de reconnaissance. Leur courage honore la presse haïtienne. Leur sacrifice interpelle la conscience collective. Leur engagement rappelle que sans journalistes libres et protégés, aucune société ne peut prétendre à la justice, à la démocratie et à la dignité.
Cet hommage est aussi un appel. Un appel à la justice, à la protection effective des professionnels des médias, et au respect du droit à l’information. Car informer ne doit jamais coûter la vie. Et aimer son métier ne devrait jamais être une condamnation.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




