Insécurité en Haïti : le satisfecit troublant de Vladimir Paraison face à l’hécatombe de l’Artibonite

Insécurité en Haïti : le satisfecit troublant de Vladimir Paraison face à l’hécatombe de l’Artibonite

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Alors que la mission première de la Police Nationale d’Haïti (PNH) demeure le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble du territoire, le constat est aujourd’hui accablant. Plus de huit mois après l’installation du directeur général Vladimir Paraison, le 8 août 2025, aucune avancée significative ne peut être objectivement constatée dans la reprise des zones contrôlées par les groupes armés. Pire encore, la situation semble s’aggraver à une vitesse alarmante.

Dans le département de l’Artibonite, devenu l’un des épicentres de la violence armée, la semaine écoulée a été marquée par une véritable tragédie humaine. Plus de 70 personnes ont été tuées dans des attaques attribuées à des bandes lourdement armées. Les communes de Dessalines et de Petite-Rivière-de-l’Artibonite vivent sous la terreur constante : assassinats, viols, pillages… Le quotidien des habitants s’apparente désormais à une survie permanente.

Face à ce tableau dramatique, les déclarations du directeur général de la PNH laissent perplexe. Lors de ses récentes interventions dans les médias de la capitale, Vladimir Paraison s’est dit « satisfait » de son bilan. Une déclaration qui sonne comme une provocation pour des milliers de citoyens livrés à eux-mêmes, abandonnés par un appareil sécuritaire qui peine à remplir sa mission fondamentale.

Cette posture interroge profondément. Sur quels critères le directeur de la PNH fonde-t-il cette satisfaction ? Est-ce sur la base d’indicateurs internes déconnectés de la réalité du terrain ? Ou s’agit-il d’une tentative de communication visant à masquer l’impuissance de l’institution face à la montée en puissance des groupes armés ?

Car les faits sont têtus. Aucune route stratégique n’a été libérée. Aucun corridor sécurisé n’a été durablement rétabli. Dans plusieurs régions du pays, notamment dans l’Artibonite, l’État semble avoir tout simplement déserté. Les appels à l’aide des populations locales restent sans réponse, tandis que les bandits continuent d’imposer leur loi dans un climat d’impunité totale.

Plus grave encore, l’absence d’une réponse rapide et visible dans des zones en crise aiguë comme Dessalines et Petite-Rivière-de-l’Artibonite renforce le sentiment d’abandon et d’injustice. L’État, à travers sa police, donne l’impression de tolérer une situation qui pourtant relève de l’urgence humanitaire et sécuritaire.

Dans un contexte aussi critique, le rôle du directeur général de la PNH ne saurait se limiter à des déclarations de satisfaction. Il exige du leadership, de la transparence et surtout des résultats concrets. La population n’attend pas des discours, mais des actions : des opérations ciblées, une présence policière renforcée, et une stratégie claire pour reconquérir les territoires perdus.

Cette dissonance entre le discours officiel et la réalité vécue par les citoyens pose une question essentielle : la PNH est-elle encore en mesure d’assurer sa mission régalienne ? Ou assiste-t-on à une banalisation dangereuse de l’insécurité, au point où même ses responsables semblent s’en accommoder ?

À l’heure où des dizaines de familles pleurent leurs morts dans l’Artibonite, toute satisfaction affichée par les autorités sécuritaires apparaît non seulement déplacée, mais profondément indécente. Le pays n’a pas besoin d’autosatisfaction, mais d’un sursaut.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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