Depuis cinq ans, Haïti vit dans un rêve dont personne ne se réveille. Ce n’est pas un rêve doux. C’est un cauchemar éveillé, où chaque jour apporte son lot de tirs, de morts et de peurs.
L’Etat ne gouverne plus. Il assiste, impuissant, à la lente désintégration du pays. Les réunions se multiplient (CPT, Nations unies, OEA, Caricom) autant de sigles pour dire la même chose : rien ne change. Pendant que les diplomates rédigent des communiqués, les hommes armés rédigent la loi des rues.
Le CPT, censé redresser le pays, n’a redressé que les comptes en banque de ses membres. Ceux qui entraient pauvres en sont sortis bien nourris. Ils ont troqué les discours de transition contre des valises pleines. Pendant ce temps, les déplacés dorment toujours dehors et les routes restent sous la coupe des gangs.
A la Primature, on ne gouverne plus, on se sert. On détourne, on distribue, on dépense. Les directeurs généraux s’enrichissent, les diplomates font du commerce, les ministres jouent aux patriotes sur les plateaux télé. Tout le monde triche, et tout le monde sait que tout le monde triche.
Haïti n’est plus une nation. C’est un corps sans âme, un territoire épuisé, violé par ceux qui prétendent le sauver. Le pouvoir, lui, attend les ordres de l’extérieur avant même de respirer. La souveraineté est devenue une chanson triste que plus personne ne veut chanter.
Les visages changent, mais le système reste. Il a la même odeur de poudre, la même saveur de mensonge, la même soif de sang. Haïti ressemble à un bateau sans capitaine, dérivant entre la corruption et la résignation.
Le peuple en a assez. Les jeunes meurent, les femmes pleurent, les enfants tremblent. Le pays s’effondre.
Il est temps d’arrêter cette mascarade. De désarmer la peur, de mettre fin au vol institutionnalisé, d’étouffer le bruit des armes. Haïti ne renaîtra pas d’un décret, ni d’une aide étrangère. Elle renaîtra le jour où ses fils oseront dire non.
Ce jour-là, la répression cessera. Et le pays, peut-être, commencera enfin à respirer.




