Masque de la honte : chronique d’un pouvoir en déroute face à la détresse nationale

Masque de la honte : chronique d’un pouvoir en déroute face à la détresse nationale

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Si vous regardez bien, vous verrez la déception, la honte écrite en grandes lettres sur le visage du Alix Didier Fils-Aimé, comme sur celui de ses ministres. Une déception lourde, visible, presque impossible à dissimuler, même derrière les discours officiels et les apparitions publiques soigneusement mises en scène. Ils semblent prisonniers d’un étrange paradoxe : installés dans le confort du pouvoir, mais profondément enfermés dans l’inconfort de leurs propres échecs.

Car il faut le dire sans détour : ceux qui avaient été nommés pour redresser la situation ont, au contraire, contribué à l’aggraver. Face à une crise déjà monstrueuse, leur action  ou leur inaction  a précipité le pays dans une spirale encore plus inquiétante. Là où l’on attendait des décisions courageuses, des réformes structurelles, une volonté ferme de reprendre le contrôle, on a assisté à des hésitations, des détours, et parfois même à une forme de déni.

Ce décalage entre la mission confiée et les résultats obtenus est aujourd’hui criant. Il ne s’agit plus seulement d’un manque de résultats, mais d’une inversion des responsabilités. Gouverner ne consiste pas à accompagner la chute, encore moins à l’accélérer. Et pourtant, c’est bien l’impression qui domine : celle d’un pouvoir qui observe, impuissant  ou pire, indifférent  l’effondrement progressif des conditions de vie de son propre peuple.

Dans ce contexte, la honte devient presque palpable. Mais au lieu d’être assumée comme un point de départ pour un sursaut, elle est dissimulée, transformée en masque. Un masque nécessaire pour continuer à apparaître, à parler, à occuper l’espace public sans répondre véritablement aux attentes. Derrière ce masque, les regards se baissent, les mots se vident de leur sens, et les gestes politiques deviennent mécaniques.

Pendant ce temps, la population endure une détresse extrême. Insécurité, précarité, absence de perspectives : le quotidien est devenu une épreuve permanente pour des millions de citoyens. Et face à cette réalité, les signes extérieurs du pouvoir  déplacements, cérémonies, discours  prennent une tonalité presque indécente. Comme si l’on célébrait encore, comme si l’on « sabrait le champagne », alors même que le pays s’enfonce.

Ce contraste est sans doute ce qui choque le plus. Non pas seulement l’échec, mais la manière dont il est vécu — ou plutôt, dont il semble ne pas être pleinement reconnu. Car un pouvoir qui échoue peut encore se racheter. Mais un pouvoir qui refuse de voir son échec, qui le maquille, qui continue comme si de rien n’était, s’expose à une rupture bien plus profonde avec le peuple.

Aujourd’hui, la question n’est plus seulement politique. Elle est morale. Peut-on continuer à gouverner un pays en détresse sans regarder en face les conséquences de ses actes ? Peut-on encore prétendre incarner l’État lorsque la confiance est brisée et que l’espoir s’amenuise ?

À défaut de réponses claires, une certitude s’impose : aucun masque, aussi bien porté soit-il, ne peut éternellement dissimuler la vérité d’un peuple qui souffre.

Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire

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