La question n’est pas technique. Elle est profondément politique.
Car ce que nous observons n’est pas une simple lenteur administrative c’est un choix. Un choix de gouvernance. Une manière de concevoir le pouvoir et de définir ses priorités.
Lorsque les prix baissent, l’État haïtien s’efface. Il ne régule pas. Il n’arbitre pas. Il ne protège pas. Il laisse faire. Comme si l’intérêt général pouvait attendre.
Mais dès que les cours repartent à la hausse, la machine étatique se remet en marche avec une efficacité remarquable. Réunions, décisions, ajustements : tout s’accélère. Et toujours dans le même sens celui de la hausse, celui de la pression fiscale indirecte, celui du transfert de crise vers les citoyens.
Et au cœur de ce dispositif, une instance censée incarner la rationalité et l’équilibre : le Conseil consultatif chargé de déterminer les modalités de la fixation des prix des produits pétroliers.
Mais que fait l’État lorsque les prix internationaux baissent ? Où sont ses recommandations, ses arbitrages, ses prises de position publiques ? Pourquoi semble-t-il n’exister que dans les moments où il faut justifier une augmentation ?
Ce silence institutionnel alimente un doute légitime : s’agit-il d’un organe de régulation au service de l’intérêt général, ou d’un simple instrument d’accompagnement des décisions déjà arrêtées ?
Ce déséquilibre n’est pas une anomalie. Il est révélateur d’un État qui n’agit pas comme un garant de l’intérêt collectif, mais comme un gestionnaire de contraintes, prompt à faire payer les plus vulnérables et lent voire incapable de les soulager.
La question est donc simple : au service de qui gouverne-t-on ?
Cette interrogation devient encore plus brûlante lorsqu’on regarde au-delà des chiffres. Pendant que l’exécutif s’active sur les mécanismes d’ajustement des prix du carburant, des territoires entiers basculent dans la violence.
À Jean Denis, dans l’Artibonite, des massacres ont lieu. Ce ne sont pas des faits divers. Ce sont des drames nationaux. Et pourtant, ils ne suscitent ni la même mobilisation, ni la même urgence, ni la même visibilité.
Face à cela, le silence du pouvoir dirigé par Alix Didier Fils-Aimé interroge, et inquiète.
Car gouverner, ce n’est pas seulement administrer des prix ou équilibrer des comptes. Gouverner, c’est protéger. C’est prioriser la vie humaine. C’est incarner une présence là où la nation vacille.
Aujourd’hui, le sentiment qui domine est celui d’un État sélectif :
présent pour imposer, absent pour protéger ;
rapide pour contraindre, lent pour secourir.
Ce n’est pas seulement une crise de l’action publique.
C’est une crise du sens même de l’État.
Si aucune correction politique n’est apportée, si aucune volonté claire de rééquilibrer les priorités y compris dans le fonctionnement et la transparence du Conseil consultatif n’émerge, alors la rupture entre le pouvoir et la population ne fera que s’aggraver.
Et une nation ne se gouverne pas durablement contre son peuple.
Abdias DENIS
Spécialiste en Développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire




