Il y a des pratiques qui, à force d’être banalisées, finissent par révéler un inquiétant renoncement collectif. Filmer des élèves à l’intérieur des établissements scolaires, puis diffuser ces images sur les réseaux sociaux sans l’autorisation de leurs parents, relève de ces dérives que l’on ne peut plus passer sous silence.
L’école n’est ni un décor, ni une scène ouverte à la quête effrénée de visibilité numérique. Elle est, par essence, un espace de formation, de protection et de responsabilité. La transformer en vitrine pour TikTok, où l’apparence des enfants devient matière à commentaires, à notations ou à divertissement, constitue une atteinte directe à la dignité de l’élève et à la mission éducative.
Car il faut le dire sans détour : exposer des mineurs au regard incontrôlé de l’espace numérique, sans consentement parental, revient à nier leur vulnérabilité juridique et psychologique. Un enfant ne peut être réduit à une image, encore moins à un objet de jugement public. Cette pratique foule aux pieds le droit à l’image et installe une culture dangereuse où l’école cesse d’être un sanctuaire pour devenir un terrain de production de contenus.
Plus grave encore, cette dérive traduit un glissement préoccupant des priorités. L’apprentissage cède le pas à la viralité, l’éducation à la performance numérique, la protection à l’indifférence. Sous couvert de modernité, on sacrifie des principes fondamentaux : respect de la vie privée, responsabilité adulte, protection de l’enfance.
Le silence des institutions éducatives face à ces pratiques interroge. Autoriser implicitement ces comportements, c’est accepter que l’école perde son autorité morale et pédagogique. C’est aussi envoyer un message inquiétant aux élèves : tout peut être filmé, tout peut être exposé, même ce qui devrait rester protégé.
Il est urgent de remettre des limites claires. Les établissements scolaires doivent encadrer strictement l’usage des téléphones. Les adultes enseignants, directions, parents doivent assumer leur rôle de gardiens. Et la société, dans son ensemble, doit cesser de confondre liberté d’expression et abandon des responsabilités.
Car une chose doit être rappelée avec force : l’école ne prépare pas des contenus pour les réseaux sociaux, elle forme des citoyens.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




