Le mardi 20 janvier 2026, le Directeur général de la Police nationale d’Haïti, Vladimir Paraison, a livré à l’opinion publique une série de déclarations aussi fracassantes qu’inquiétantes. Lors d’une interview collective, il a reconnu sans détour que l’institution qu’il dirige est gangrenée de l’intérieur. Selon ses propres mots, la police serait remplie de traîtres, d’agents qui fournissent des informations aux gangs et de policiers carrément sur le payroll des bandits. À chaque opération planifiée, les criminels seraient prévenus à l’avance, informés de la direction et du lieu des interventions. Une situation qui expliquerait, selon lui, pourquoi la PNH n’arrive jamais à mettre la main sur un grand chef de gang.
L’aveu est lourd. Il est même accablant. Mais il pose une question fondamentale : que vaut une telle vérité lorsqu’elle est prononcée par celui-là même qui dirige l’institution infiltrée ? Car si le diagnostic est clair, le remède, lui, reste désespérément absent. Entendre le chef de la police expliquer publiquement pourquoi la police échoue revient à assister à une scène étrange : celle d’un commandant qui décrit l’incendie pendant que le feu continue de ravager la maison.
Vladimir Paraison va encore plus loin en affirmant que de grands politiciens contrôlent des postes de péage illégaux, où des petits bandits sont installés pour extorquer les usagers de la route. Cette déclaration confirme que l’insécurité n’est pas un accident, mais un système organisé, nourri par des complicités puissantes. Là encore, la révélation choque. Mais elle interroge : si le DG de la PNH connaît l’existence de ces réseaux, pourquoi ces postes fonctionnent-ils toujours ? Pourquoi aucun nom n’est cité ? Pourquoi aucun dossier n’est transmis publiquement à la justice ?
C’est ici que l’ironie devient tragique. Le chef de la police explique pourquoi il ne peut pas agir, au lieu de montrer comment il agit. Or, un chef ne se plaint pas, il agit. Diriger, ce n’est pas commenter l’échec ; c’est l’affronter. Lorsqu’un responsable affirme savoir qui trahit l’institution, il n’a pas le luxe de la dénonciation abstraite. Il a le devoir de l’action immédiate : enquêtes internes, suspensions, arrestations, poursuites judiciaires. À défaut, la parole devient une échappatoire, une manière élégante de reconnaître l’impuissance sans en assumer les conséquences.
À force de multiplier les déclarations sans résultats visibles, la parole officielle perd toute valeur. Elle finit par ressembler à un exercice de communication où l’on décrit le mal avec précision tout en refusant de l’opérer. Pendant ce temps, les gangs continuent de régner, les postes de péage illégaux prospèrent et la population vit sous la menace permanente. L’État parle, les criminels agissent.
Les déclarations de Vladimir Paraison auraient pu marquer un tournant. Elles risquent plutôt de devenir un symbole de plus de cette gouvernance par le constat, où l’on explique l’échec au lieu de le combattre. Car à ce niveau de responsabilité, parler sans agir n’est plus une erreur, c’est une faute.
La question demeure alors, brutale et sans détour : à quoi sert un Directeur général de la police qui sait tout, mais ne frappe nulle part ? Tant que les paroles ne seront pas suivies d’actes, elles resteront ce qu’elles sont aujourd’hui : des aveux spectaculaires, utiles aux archives, mais inutiles à la sécurité du peuple.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




