Pourquoi le monde abandonne-t-il Haïti ?
La question, aussi ancienne que brûlante, hante aujourd’hui l’esprit de nombreux Haïtiens. Car à bien observer l’histoire, le peuple haïtien aurait dû être l’un des plus respectés de la planète. La Révolution de 1804 avait bouleversé l’ordre mondial : une nation noire, issue de l’esclavage, brisant ses chaînes et défaisant les plus grandes puissances coloniales de son époque. Mais depuis, tout semble s’être inversé.
L’Organisation des Nations unies, censée incarner la solidarité internationale, se montre d’une indifférence glaçante. Créée pour aider les peuples à surmonter les conflits et les crises, elle devrait aussi se tenir aux côtés des nations éprouvées par la misère, la violence et le désespoir. Pourtant, lorsqu’Haïti appelle à l’aide, rares sont ceux qui répondent.
Il y a quelques mois, l’ONU lançait un appel à ses 193 États membres afin de réunir 674 millions de dollars pour répondre à la crise humanitaire haïtienne. À peine six pays ont répondu, et seulement 68 millions ont été collectés. À l’échelle mondiale, cela équivaut presque à un silence.
Pendant ce temps, l’Union européenne mobilise sans hésitation 50 milliards d’euros pour soutenir la guerre en Ukraine.
Deux réalités, deux poids, deux mesures : là où les bombes tombent, les fonds affluent ; là où les enfants meurent de faim ou d’épidémie, les regards se détournent. Le monde semble désormais préférer la guerre à la détresse.
Mais cette indifférence internationale n’est pas la seule responsable. Les dirigeants haïtiens, eux aussi, portent une lourde part de responsabilité.
Ils ont trahi la vision de Dessalines, Christophe, Pétion, Capois-La-Mort, ces figures fondatrices qui rêvaient d’une Haïti souveraine, juste et prospère.
Aujourd’hui, l’État haïtien n’incarne plus ni la compétence, ni le courage, ni même l’amour de la patrie.
Aucun dirigeant ne semble animé de cette force de caractère qui, jadis, faisait trembler les empires.
Depuis plus d’un siècle, la construction nationale stagne. Et peu à peu, le pays s’enfonce dans la dépendance et le désenchantement.
Les puissances étrangères observent, interviennent, ou exploitent.
Les États-Unis, si proches à moins de deux heures de vol , ferment les yeux sur l’origine des armes qui inondent nos quartiers et nourrissent la criminalité.
Les institutions haïtiennes, elles, se laissent guider, contrôler, parfois même manipuler.
La souveraineté nationale n’est plus qu’un mot creux dans les discours officiels.
Et pourtant, au milieu de ce chaos, une flamme persiste : celle du peuple.
Le peuple haïtien n’oublie pas.
Il se souvient du sang versé, des rêves de liberté, des promesses de dignité.
Papa Dessalines, ta lutte continue.
Haïti demeure.
Malgré l’indifférence du monde, malgré la trahison des siens, Haïti respire encore.
Car tant qu’il restera un cœur haïtien pour s’indigner, pour espérer, pour croire, la flamme ne s’éteindra jamais




