Depuis le 1er mars 2025, Haïti vit une tragédie silencieuse mais terriblement sanglante. 141 frappes de drones, menées par des forces de sécurité épaulées par des prestataires privés, ont fait 1 243 morts et 738 blessés, selon Human Rights Watch. Parmi eux, 17 enfants et 43 civils sans lien avec les gangs. Et pourtant, aucun chef de gang n’a été arrêté ou neutralisé.
Pour comprendre cette absurdité, il suffit de penser à Tom et Jerry, ce dessin animé où le chat passe son temps à courir après la souris. Dans notre Haïti tragique :
La police et les forces de sécurité sont Tom : maladroites, bruyantes, parfois brutales, mais inefficaces. Elles déploient drones, frappes et opérations spectaculaires, mais ne touchent jamais leur véritable cible. Tom frappe à côté, tombe dans ses propres pièges, et finit toujours par se faire avoir.
Les chefs de gangs sont Jerry : rusés, insaisissables, toujours un pas devant. Tandis que Tom dépense énergie et ressources, Jerry continue à prospérer, à organiser ses activités criminelles, souvent sous le nez des autorités.
Les civils sont les meubles et les murs : victimes innocentes de la maladresse de Tom. Ils se font renverser, écraser, ou prendre entre deux feux, sans jamais comprendre pourquoi le chaos les frappe.
Human Rights Watch souligne que certaines frappes pourraient s’apparenter à des exécutions extrajudiciaires, réalisées dans des zones densément peuplées, transformant les quartiers en champs de mort. Mais au lieu de protéger les habitants, le gouvernement s’expose dans un simulacre de lutte contre l’insécurité, mettant en scène un spectacle meurtrier qui ne touche jamais les vrais criminels.
La métaphore de Tom et Jerry devient encore plus cruelle quand on regarde les chiffres : des enfants tués, des civils blessés, et aucune conséquence pour les gangs. Les autorités échouent systématiquement, et le peuple continue de payer le prix fort. Ce n’est plus un dessin animé, c’est une réalité sanglante où l’inefficacité et l’incompétence se transforment en meurtre de masse.
Le problème n’est pas seulement tactique, il est politique et moral. La priorité du gouvernement devrait être de protéger la population, d’arrêter les criminels, de restaurer l’ordre. Mais dans ce jeu cruel, les priorités sont inversées : les civils sont des dommages collatéraux et les gangs continuent de ricaner, échappant à toute sanction.
En fin de compte, Haïti est devenue le théâtre d’un Tom et Jerry tragique. Les drones frappent, Tom s’agite, Jerry rit et s’échappe, et le peuple subit les conséquences du jeu des puissants. Tant que cette stratégie perdue et mortelle perdurera, la population restera la victime d’un jeu dont elle ne comprend même plus les règles.
Les drones tuent, la police échoue, les gangs rient, et le peuple continue de payer pour l’incompétence de Tom.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




