Quand la communication remplace l’action

Quand la communication remplace l’action

IMG-20260323-WA0006

Un communiqué qui choque

Le communiqué de presse publié par la Primature au sujet d’une clinique mobile à Belle-Fontaine ne passe pas inaperçu. Non pas parce qu’il annoncerait une avancée majeure pour le pays, mais parce qu’il révèle un malaise profond : celui d’un pouvoir qui semble parfois ignorer la gravité du moment national.

Dans un pays où des milliers de citoyens vivent sous la menace permanente de l’insécurité, où des familles entières sont déplacées et où l’État peine à affirmer son autorité, mettre en avant une clinique mobile comme un fait politique marquant apparaît, au mieux, comme une maladresse. Au pire, comme une démonstration inquiétante de déconnexion.

Un pays en pleine détresse

Haïti traverse l’une des crises les plus graves de son histoire contemporaine. L’insécurité gagne du terrain, l’économie s’effondre, les institutions vacillent et la population s’enfonce dans une précarité de plus en plus insoutenable.

Dans un tel contexte, chaque parole officielle devrait être pesée, chaque communication devrait refléter la gravité de la situation. Gouverner, ce n’est pas seulement annoncer. Gouverner, c’est comprendre l’urgence d’un peuple qui attend des réponses à la hauteur de son désespoir.

Le problème n’est pas la clinique

Personne ne peut s’opposer à l’installation d’une clinique mobile dans une communauté qui manque de services de santé. L’accès aux soins est un droit fondamental et toute initiative visant à soulager la souffrance des populations mérite d’être saluée.

Mais transformer une action ponctuelle en symbole d’action gouvernementale, alors que le pays s’enfonce dans une crise systémique, relève d’une communication mal calibrée. Le contraste est brutal entre l’ampleur des défis nationaux et la modestie de l’annonce.

Le silence sur l’essentiel

Pendant que les communiqués se multiplient, les questions essentielles demeurent sans réponses. Où est la stratégie pour rétablir la sécurité ? Où est la feuille de route claire pour sortir le pays de l’impasse politique ? Où sont les décisions capables de restaurer l’autorité de l’État ?

La population n’attend pas des effets d’annonce. Elle attend des actes, une vision, un cap.

L’urgence d’un sursaut

Haïti n’a plus le luxe de la communication creuse. À ce moment critique de son histoire, le pays ne peut plus être gouverné à coups de symboles ou d’initiatives isolées.

Le peuple haïtien attend autre chose : un leadership lucide, courageux et capable de regarder la réalité en face. Car une nation en crise ne se relève pas avec des communiqués. Elle se relève avec des décisions.

Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire
Editorialiste – Redacteur
Coordonateur National du Movement des Organizations pour l’Unité Nationale ( MOUN)

Partager maintenant