PLAINE EN FEU, ÉTAT EN FUITE : LE PEUPLE ABANDONNÉ AUX ARMES

PLAINE EN FEU, ÉTAT EN FUITE : LE PEUPLE ABANDONNÉ AUX ARMES

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Depuis le mercredi 15 avril, la plaine de Port-au-Prince est livrée aux flammes et au fracas des armes. Trois factions issues de Viv Ansanm s’y affrontent avec une violence inouïe. Le résultat est sans appel : des dizaines de morts, des familles décimées, des maisons réduites en cendres. Mais derrière ces chiffres, il y a surtout une réalité insoutenable  celle d’un peuple traqué, déraciné, abandonné.

Les survivants n’ont plus rien. Ils errent, se regroupent, s’entassent devant la SONAPI, transformée en camp de fortune. Là, ils attendent. Sans eau, sans sécurité, sans réponse. Ils attendent un État qui ne vient pas. Un signal. Une main tendue. Mais ce qui leur parvient, c’est un silence glacial.

Et pendant que la plaine s’embrase, le pouvoir, lui, s’évapore.

Le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, a quitté le pays à destination des États-Unis, où il doit participer à un conseil de l’Organisation des Nations unies. Là-bas, les images circulent : poignées de mains, sourires affichés, diplomatie de façade. Une mise en scène bien rodée pendant qu’ici, les balles sifflent et que la peur étouffe des milliers de citoyens. Le contraste est violent. Presque obscène.
Car pendant qu’on pose pour les caméras, la réalité, elle, ne prend pas de pause.

Où est l’État quand les gangs dictent la loi ? Où sont les autorités quand les familles fuient sous les tirs ? Où est la parole officielle pour nommer la crise, rassurer la population, organiser les secours ? Nulle part. Le silence n’est plus une absence : il devient une faute.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse une simple flambée de violence. C’est une faillite totale. Une capitulation face à la terreur. Une rupture du contrat le plus fondamental entre un État et son peuple : celui de la protection.

Dans la plaine, la vie s’est arrêtée. Les habitants vivent enfermés, terrés, suspendus à chaque détonation. Ceux qui ont fui survivent dans des conditions indignes. La faim s’ajoute à la peur. L’angoisse devient quotidienne. Et pourtant, aucun plan d’urgence, aucune mobilisation nationale, aucun leadership visible.

Rien.

Sinon des images. Encore des images. Toujours des images.

Mais un pays ne se gouverne pas à coups de photos.

Un pays se défend. Un peuple se protège. Une crise se confronte.

Aujourd’hui, la plaine brûle. Et dans ses cendres, une question brûle encore plus fort : jusqu’à quand ?

Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire

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