Résister à l’ombre des armes

Résister à l’ombre des armes

IMG-20260422-WA0042

Il y a des bruits qui s’imposent sans prévenir. Dans certains quartiers, ce ne sont plus les klaxons, ni les rires d’enfants, mais les détonations sèches, répétées, qui rythment désormais le quotidien. L’ultraviolence des gangs armés ne se contente pas de blesser des corps : elle infiltre les esprits, déforme les habitudes, installe une peur diffuse qui finit par ressembler à une norme.

 

Alors une question s’impose, presque brutale : comment résister quand la violence semble partout, tout le temps, et parfois même plus forte que les institutions censées la contenir ?

 

La première tentation est le repli. Se faire discret, éviter, contourner. C’est une stratégie de survie, et elle est compréhensible. Mais survivre ne suffit pas à faire société. Résister, c’est refuser que la peur devienne la seule boussole. Cela commence par des gestes modestes : maintenir des liens, protéger des espaces de parole, continuer à enseigner, à soigner, à créer. Chaque acte qui affirme la vie contre la peur est une forme de désobéissance silencieuse à la logique de la terreur.

 

Il faut aussi nommer les choses. L’ultraviolence prospère dans le flou, dans l’habitude, dans la banalisation. Dire clairement ce qui est inacceptable, documenter, témoigner, raconter, c’est déjà s’opposer. Les journalistes, les enseignants, les artistes jouent ici un rôle essentiel : ils empêchent que l’horreur devienne invisible.

 

Mais la résistance ne peut pas reposer uniquement sur les épaules individuelles. Elle suppose une reconstruction du collectif. Les communautés qui s’organisent, qui mettent en place des mécanismes de solidarité, qui protègent les plus vulnérables, opposent une autre force à celle des armes : celle du nombre, du lien, de la confiance. Là où les gangs cherchent à fragmenter, la résistance consiste à recoudre.

 

Il serait naïf d’ignorer la nécessité de réponses institutionnelles fortes. La sécurité, la justice, l’État de droit ne sont pas des luxes, mais des fondations. Sans elles, la résistance reste fragile, exposée. Pourtant, attendre passivement que tout vienne d’en haut revient à abandonner le terrain. L’équilibre est difficile : exiger des autorités qu’elles assument leurs responsabilités, tout en refusant de céder entièrement à l’impuissance.

 

Résister, enfin, c’est préserver une vision de l’avenir. L’ultraviolence enferme dans l’instant, dans l’urgence, dans la peur du lendemain. Opposer à cela une idée du futur même fragile, même incertaine  est un acte profondément politique. C’est dire que la situation actuelle n’est ni normale, ni définitive.

 

Face aux armes, il n’y a pas de réponse simple. Mais il y a une certitude : la violence gagne vraiment lorsqu’elle parvient à convaincre qu’il n’y a plus rien à faire. Tant que subsistent des gestes de solidarité, des paroles libres, des refus obstinés, elle n’a pas totalement triomphé.

 

Résister, ce n’est pas toujours vaincre. C’est, d’abord, ne pas se rendre.

 

Abdias DENIS

Spécialiste en développement

Philosophe – Politologue

Professeur – Journaliste

Essayiste – Pamphletaire

Partager maintenant