Plaine du Cul-de-Sac : le cri étouffé des mères abandonnées

Plaine du Cul-de-Sac : le cri étouffé des mères abandonnées

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Dans la Plaine du Cul-de-Sac, il n’y a plus vraiment de nuit ni de matin. Il y a un entre-deux de fumée, de cris étouffés et de vies brisées qui errent sans direction. Ce qui reste, surtout, ce sont les mères.

Des mères assises sur la terre encore chaude des incendies. Des mères qui serrent des bébés contre leur poitrine comme si ce simple geste pouvait encore protéger quelque chose dans un monde qui s’effondre. Des mères qui appellent des enfants dont les noms ne répondent plus.

Leurs larmes ne sont pas spectaculaires. Elles sont silencieuses, lourdes, répétées. Des larmes qui ne cherchent même plus à convaincre quelqu’un. Elles coulent parce qu’il n’y a plus rien d’autre à faire.

Entre dimanche et lundi, la Plaine a été livrée à une guerre sans uniforme, sans règle, sans limite. Les habitants parlent de plus de 90 morts. Mais ici, les chiffres ne disent plus l’ampleur du drame. Ils deviennent froids face à la chaleur des maisons incendiées et des familles dispersées dans la nuit.

Ce que les survivantes racontent, ce n’est pas seulement la peur. C’est l’abandon. L’absence totale de secours. L’impression d’avoir été effacées du pays au moment même où elles avaient le plus besoin d’y appartenir.

Une mère raconte qu’elle a couru avec un seul enfant dans les bras. Les autres ont disparu dans la panique. Elle ne sait pas s’ils sont vivants, morts, ou simplement perdus dans une zone devenue inaccessible. Et cette ignorance-là est une torture qui ne fait pas de bruit.

Dans ce décor de ruines, le silence des autorités pèse plus lourd que les balles. Un silence qui ne rassure personne. Un silence qui ressemble à une décision : celle de laisser des quartiers entiers survivre seuls ou mourir seuls.

Et c’est là que la colère devient inévitable.

Car il ne s’agit plus seulement d’insécurité. Il s’agit d’une rupture brutale entre un peuple et ceux qui prétendent le gouverner. Une rupture où les mères pleurent sans réponse, où les enfants disparaissent sans enquête, où les morts s’ajoutent sans conséquence.

Dans cette tragédie qui se répète, une chose devient impossible à ignorer : un pays qui laisse ses mères pleurer seules finit toujours par perdre bien plus que des territoires. Il perd son humanité.

 

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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