En janvier 2026, le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, avait provoqué un véritable séisme en annonçant que plus de 92 % des eaux traitées et conditionnées analysées dans la région métropolitaine de Port-au-Prince ne répondaient pas aux normes sanitaires en vigueur. Une révélation d’une gravité exceptionnelle. Car derrière ce chiffre se cache une réalité effrayante : des millions de citoyens pourraient consommer quotidiennement une eau dont la qualité est remise en question par l’État lui-même.
Ce jour-là, les autorités avaient multiplié les déclarations solennelles. On parlait de droit fondamental à l’eau potable, de protection des consommateurs, de santé publique et de sanctions à venir. Le ministre promettait des mesures fortes, des contrôles renforcés et une réponse ferme contre les contrevenants. Six mois plus tard, ces promesses semblent s’être évaporées plus vite qu’une goutte d’eau sous le soleil de Port-au-Prince.
Car depuis cette annonce fracassante, le pays attend toujours. Où sont les sanctions ? Où sont les fermetures d’entreprises ? Où sont les retraits de produits du marché ? Où sont les noms des compagnies qui auraient vendu une eau jugée non conforme ? Le gouvernement a tiré la sonnette d’alarme, mais personne n’a entendu la suite du message. La population est restée seule avec sa peur, ses interrogations et ses sachets d’eau.
Plus troublant encore, si la situation était réellement aussi grave que l’affirmait le ministère, l’inaction qui a suivi devient elle-même un sujet de préoccupation. Comment expliquer qu’une administration capable de révéler un danger sanitaire touchant plus de 92 % des échantillons analysés soit incapable, six mois après, de présenter publiquement le bilan des mesures prises ? Une telle contradiction fragilise la crédibilité de l’action publique et alimente la méfiance des citoyens envers leurs institutions.
Le ministre James Monazard avait pourtant affirmé que l’eau n’était pas un simple produit commercial mais un enjeu de dignité humaine et de santé publique. Si tel est réellement le cas, pourquoi les consommateurs continuent-ils d’ignorer quelles marques sont conformes et lesquelles ne le sont pas ? Pourquoi les entreprises concernées semblent-elles bénéficier d’un anonymat total alors que les citoyens, eux, continuent de prendre les risques ?
Dans n’importe quel État soucieux de protéger sa population, une étude révélant un taux aussi alarmant de non-conformité aurait entraîné des interventions immédiates, des sanctions exemplaires et une communication transparente. En Haïti, l’affaire semble s’être noyée dans le silence administratif. L’urgence sanitaire annoncée en janvier paraît avoir disparu des priorités gouvernementales sans qu’aucune explication convaincante ne soit fournie à la population.
Le plus grave dans ce dossier n’est peut-être pas le chiffre de 92 %. Le plus grave est que l’État a reconnu l’existence d’un problème majeur sans jamais démontrer qu’il avait la volonté ou la capacité de le résoudre. Entre les discours rassurants prononcés à l’hôtel Montana et la réalité vécue aujourd’hui par les consommateurs, le fossé est immense.
Pendant que les autorités gardent le silence, les citoyens continuent d’acheter, de boire et de prendre des risques. Et chaque jour qui passe sans sanctions, sans transparence et sans résultats concrets renforce une impression de plus en plus difficile à dissiper : celle d’un ministère qui a su dénoncer le problème, mais qui peine encore à assumer les responsabilités qu’impose une telle révélation.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




