Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, Haïti basculait dans l’une des pages les plus sombres de son histoire contemporaine. Le président Jovenel Moïse était assassiné à son domicile privé de Pèlerin 5 par un commando lourdement armé, tandis que son épouse, Martine Moïse, était grièvement blessée. Cinq ans plus tard, ce crime continue de hanter la conscience nationale, sans que les véritables commanditaires n’aient été identifiés par la justice.
L’assassinat d’un chef d’État en exercice, au sein même de sa résidence officielle, avait profondément ébranlé les institutions haïtiennes et suscité une onde de choc bien au-delà des frontières du pays. Très vite, les premiers éléments de l’enquête ont révélé l’implication d’anciens militaires colombiens et de plusieurs acteurs ayant participé, à divers niveaux, à la préparation de l’opération.
Aux États-Unis, où une partie du complot aurait été organisée, la justice a enregistré des avancées significatives. Plusieurs accusés ont plaidé coupable ou ont été reconnus coupables par un tribunal fédéral de Miami pour leur participation au complot. Ces décisions ont permis d’établir certaines responsabilités dans l’exécution du crime, sans toutefois répondre à la question essentielle : qui a réellement conçu, financé et ordonné l’assassinat du président haïtien ?
En Haïti, le parcours judiciaire s’est révélé beaucoup plus complexe. Les changements de magistrats, l’instabilité politique, la détérioration de la situation sécuritaire et les difficultés institutionnelles ont considérablement ralenti l’instruction. Plusieurs personnalités ont été mises en cause au fil des procédures, mais certaines décisions judiciaires ont ensuite été annulées, obligeant la justice à reprendre une partie de ses investigations.
Aujourd’hui encore, plusieurs dizaines de suspects demeurent détenus dans le pays, tandis que l’instruction se poursuit sous la direction d’un nouveau magistrat. Malgré ces développements, aucun procès d’envergure n’a encore permis d’éclaircir l’ensemble des circonstances ayant conduit à ce crime sans précédent.
Au-delà de la disparition de Jovenel Moïse, cette affaire est devenue le symbole des profondes fragilités du système judiciaire haïtien. Chaque année qui passe sans réponse renforce les interrogations de la population et nourrit le sentiment que la vérité demeure hors de portée.
Cinq ans après les faits, Haïti ne commémore pas seulement l’assassinat d’un président. Elle se rappelle également une promesse de justice qui tarde à se concrétiser. Tant que les auteurs intellectuels et les financiers de ce crime ne seront pas clairement identifiés et traduits devant les tribunaux, l’un des dossiers les plus marquants de l’histoire récente du pays restera ouvert, laissant derrière lui un profond sentiment d’inachevé.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




