Delmas 33 : Le désarroi déchirant d’une marchande face aux cendres de sa survie

Delmas 33 : Le désarroi déchirant d’une marchande face aux cendres de sa survie

c10a65be-3b56-484b-a35f-666b19bce5e3

 

Au cœur du brasier dévastateur qui consume le marché Dumorné, à Delmas 33, une silhouette bouleversante se détache de la foule paniquée : celle d’une femme debout, ébranlée, montrant du doigt l’espace où reposait, quelques heures plus tôt, l’intégralité de son existence économique.
Sous la lumière vacillante des flammes, son visage porte la marque d’un chagrin profond, presque insondable.

Une madan sara aguerrie, figure silencieuse de courage et de résilience, fixe les décombres fumants où gisaient ses marchandises et son unique source de revenus.
« Regardez… là… tout a disparu… tout a été consumé… » murmure-t-elle d’une voix étranglée, submergée par l’ampleur de la perte.

Autour d’elle, le chaos est total : des femmes courent, d’autres supplient, certaines fouillent les ruines dans un geste désespéré.
Les pompiers luttent avec acharnement contre le feu, déployant d’inlassables efforts pour tenter de contenir l’incendie et éviter qu’il ne gagne d’autres étals et bâtiments. Mais le brasier, imprévisible et violent, semble défier chaque intervention.

Lorsqu’un journaliste lui demande si elle souhaite adresser un message aux autorités, elle relève la tête, essuie ses larmes d’un geste automatique, puis répond avec une amertume d’une dignité implacable :

« Ki Leta? Sa yo pral fè pou mwen? Pa gen Leta. »

Ces mots, simples mais lourds de sens, résonnent comme une accusation silencieuse contre un État absent, incapable de protéger ses citoyens les plus vulnérables. Ils disent la lassitude d’une population qui ne croit plus en la main secourable d’un système trop souvent défaillant.

« Comment vais-je nourrir mes enfants demain ? » ajoute-t-elle, la voix rompue.
Aucune réponse ne vient, seulement le crépitement des flammes et l’effort acharné des pompiers, seuls remparts contre la destruction totale.

Elle reste debout, fixant l’endroit précis où se trouvaient ses rêves, ses dettes, ses sacrifices, son avenir.
Cette image celle d’une mère pointant du doigt les cendres de sa survie devient le symbole le plus poignant de cette tragédie.

Ce soir, à Delmas 33, ce ne sont pas seulement des étals qui ont brûlé :
ce sont des années de travail opiniâtre, des espoirs fragiles, des existences déjà précaires, anéanties par un incendie implacable et par l’effondrement silencieux des institutions censées protéger.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

Partager maintenant