ÉDITORIAL | Alix Didier Fils-Aimé : l’échec d’un pouvoir qui promettait de sauver la transition

ÉDITORIAL | Alix Didier Fils-Aimé : l’échec d’un pouvoir qui promettait de sauver la transition

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Il est des gouvernements qui échouent par manque de moyens. D’autres échouent par manque de vision. Celui dirigé par Alix Didier Fils-Aimé semble avoir réuni les deux.

La transition avait une feuille de route limpide : rétablir la sécurité et conduire le pays vers des élections crédibles. Deux objectifs. Deux priorités. Deux promesses. Aujourd’hui, plus de vingt mois après son accession à la Primature et cinq mois après avoir concentré les rênes du pouvoir, le bilan est d’une brutalité implacable : la sécurité est plus que jamais hors de contrôle, tandis que les élections demeurent une promesse suspendue dans le vide.

Le gouvernement navigue à vue. Les gangs dictent leur loi, occupent des territoires, déplacent des populations entières et défient quotidiennement l’autorité de l’État. Pendant ce temps, le pouvoir continue d’empiler les discours, comme si les déclarations officielles pouvaient remplacer les résultats que le peuple attend désespérément.

L’autre grand chantier de la transition est tout aussi inquiétant. Comment prétendre conduire un pays vers les urnes lorsqu’aucun calendrier électoral n’est présenté, qu’aucun budget n’est rendu public et qu’aucune planification sérieuse n’est offerte à la nation ? Chaque jour qui passe éloigne davantage Haïti du retour à l’ordre constitutionnel et renforce le sentiment que la transition s’est installée dans l’immobilisme.

Plus grave encore, le décret électoral publié par le Premier ministre suscite de vives contestations. Au lieu de rechercher le consensus indispensable dans un pays profondément fracturé, le pouvoir a choisi la voie de la décision unilatérale. Une transition qui devait rassurer est devenue, aux yeux de nombreux observateurs, une nouvelle source de tensions politiques.

Lorsqu’un gouvernement commence à créer davantage de controverses qu’il n’apporte de solutions, il cesse progressivement d’incarner l’espoir pour devenir lui-même une composante de la crise.

Le malaise dépasse désormais les frontières nationales. Alors que la CARICOM est appelée à reprendre les discussions avec les acteurs politiques afin de faciliter une sortie de crise, le Premier ministre avait auparavant adopté une attitude perçue comme méprisante à l’égard de cette organisation régionale. Ce contraste alimente les critiques sur la cohérence de la diplomatie haïtienne.

La diplomatie ne se pratique ni avec arrogance ni au gré des préférences du moment. Elle exige du tact, de la constance et une compréhension des rapports de force. Affaiblir ses partenaires régionaux avant de dépendre de leur médiation traduit une gestion qui interroge autant qu’elle inquiète.

Le plus inquiétant n’est peut-être pas l’absence de résultats. Le plus inquiétant est l’impression que le pouvoir semble avoir perdu le sens de l’urgence. Pendant que les citoyens fuient les violences, que les entreprises ferment, que des familles entières vivent dans les camps de déplacés et que l’économie s’effondre, l’État donne l’image d’une machine qui tourne sur elle-même, incapable d’imposer un cap.

Les transitions sont faites pour être des passerelles, jamais des destinations. Elles existent pour préparer le retour à la légitimité démocratique, non pour s’installer dans l’attente permanente. Or, chaque semaine qui s’écoule sans progrès concret nourrit un peu plus la défiance populaire et fragilise davantage les institutions.

L’histoire retiendra moins les promesses que les résultats. Elle ne jugera pas les intentions, mais les actes. Et à ce stade, le verdict de l’opinion est sévère : un pays toujours prisonnier de l’insécurité, un processus électoral sans horizon clair, une diplomatie controversée et une transition qui donne davantage le sentiment de subir la crise que de la combattre.

Lorsqu’un gouvernement ne parvient plus à rassurer, à convaincre ni à produire des résultats, il ne dirige plus véritablement les événements : il les subit. Et un pouvoir qui subit la crise finit toujours par être rattrapé par elle.

 

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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