En accueillant le premier Forum national des investissements dans le cadre de l’initiative européenne Global Gateway, Haïti affiche sa volonté de se repositionner comme une destination économique capable d’attirer des capitaux privés. L’événement, soutenu par la Délégation de l’Union européenne en Haïti, le Bureau de l’Ordonnateur national (BON) et plusieurs acteurs du secteur privé, se veut une plateforme de dialogue entre État, entreprises et partenaires internationaux.
L’objectif est de transformer les opportunités identifiées en projets concrets, notamment dans les transports, l’énergie et l’agriculture. Trois secteurs présentés comme prioritaires pour relancer la croissance et renforcer les chaînes de valeur locales.
Mais cette ambition se heurte à une réalité difficile à contourner. Depuis plusieurs années, le pays évolue dans un contexte marqué par l’insécurité, l’instabilité politique, la fragilité institutionnelle et la faiblesse des infrastructures. Autant de facteurs qui continuent de freiner les investissements et d’alimenter la méfiance des acteurs économiques.
Les autorités tentent pourtant de faire évoluer le narratif. L’idée est de sortir d’une logique centrée sur l’aide internationale pour entrer dans une dynamique d’investissement productif. Dans cette perspective, Global Gateway, la stratégie de l’Union européenne visant à mobiliser jusqu’à 400 milliards d’euros dans les pays partenaires, apparaît comme une opportunité stratégique.
Mais cette ouverture vers les financements internationaux ne suffit pas à dissiper les inquiétudes. Pour les investisseurs, la question centrale reste la même : comment engager des capitaux dans un environnement où la sécurité, la stabilité institutionnelle et la prévisibilité administrative demeurent fragiles ?
Derrière les discours officiels, le forum met ainsi en évidence un décalage persistant entre les ambitions économiques et les conditions réelles du terrain. Les projets peuvent être présentés, les partenariats évoqués, mais leur concrétisation dépendra largement de la capacité de l’État à restaurer un climat de confiance durable.
Dans ce contexte, le Forum national des investissements apparaît autant comme une vitrine diplomatique que comme un test de crédibilité. Il traduit une volonté politique de relance, mais aussi les limites structurelles qui continuent de peser sur l’économie haïtienne.
Au final, au-delà des annonces et des perspectives affichées, une question demeure : sans amélioration tangible de la sécurité et de la gouvernance, l’investissement peut-il réellement devenir le moteur de la relance économique en Haïti ?
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




