Entre peur des urnes et soif de pouvoir : le vrai visage de l’autocrate Alix Didier Fils-Aimé

Entre peur des urnes et soif de pouvoir : le vrai visage de l’autocrate Alix Didier Fils-Aimé

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Il y a des moments dans la vie d’une nation où les masques tombent. En Haïti, ce moment semble être arrivé. À mesure que le processus électoral tente de se frayer un chemin dans un climat déjà fragilisé, une évidence s’impose : le pouvoir intérimaire dirigé par Alix Didier Fils-Aimé donne de plus en plus l’impression de craindre les urnes plus qu’il ne cherche à les organiser.

Comment comprendre qu’un Premier ministre qui se disait hier favorable aux élections devienne aujourd’hui leur principal obstacle ? Ce revirement n’est pas anodin. Il est révélateur d’une dérive inquiétante : celle d’un pouvoir qui, faute de légitimité populaire, semble vouloir contrôler les règles du jeu plutôt que de s’y soumettre. En s’opposant au fonctionnement du Conseil Électoral Provisoire, non pas pour le renforcer, mais pour le remodeler à sa convenance, le chef du gouvernement intérimaire envoie un signal dangereux : celui d’une volonté de caporaliser le processus électoral.

Le plus troublant reste cette obsession à vouloir remanier une institution clé au moment même où celle-ci engage les premières étapes concrètes vers les élections. Pendant que les partis politiques s’inscrivent, pendant que la machine électorale tente de se mettre en branle, le Premier ministre, lui, détourne le regard des priorités nationales pour se concentrer sur une entreprise de déstabilisation institutionnelle. Ce n’est plus une divergence politique, c’est une stratégie.

Et quelle stratégie ! Celle qui consiste à créer les conditions d’une crise pour mieux justifier l’immobilisme. En refusant d’avancer avec le CEP tel qu’il existe, en cherchant à imposer sa propre architecture institutionnelle, le gouvernement intérimaire prend le risque de plonger le pays dans une nouvelle impasse politique. Une impasse dont les premières victimes seront, comme toujours, les citoyens haïtiens.

Le paradoxe devient alors insoutenable : un pouvoir non élu, censé conduire la transition vers des élections, agit comme un verrou à leur organisation. Pire encore, il s’isole, y compris face à la communauté internationale, pourtant traditionnellement engagée dans l’accompagnement du processus démocratique haïtien. Le désaveu des partenaires étrangers face à toute tentative de remaniement du CEP n’est pas un détail diplomatique, c’est un avertissement clair.

Mais au-delà des institutions, c’est la nature même du pouvoir qui est ici en cause. À travers des nominations controversées, des décisions opaques et une gouvernance marquée par l’improvisation, le gouvernement laisse apparaître un visage préoccupant : celui d’une équipe davantage préoccupée par le contrôle que par la compétence. L’État ne peut pas être une zone d’expérimentation pour dirigeants hésitants ou ministres dépassés.

Il faut le dire sans détour : refuser les élections, directement ou indirectement, c’est confisquer la souveraineté populaire. C’est refuser au peuple haïtien le droit fondamental de choisir ses dirigeants. Et dans un pays déjà meurtri par l’instabilité, c’est jouer avec le feu.

Face à cette dérive, le silence n’est plus une option. Les partis politiques engagés dans le processus électoral doivent clarifier leur position. La société civile doit se faire entendre. Et surtout, le peuple haïtien doit rester vigilant. Car l’histoire l’a montré : les reculs démocratiques ne commencent jamais par des coups d’État spectaculaires, mais par des décisions progressives, justifiées au nom de la “stabilité”.

La vérité est simple, brutale, mais nécessaire : on ne prépare pas des élections en affaiblissant l’organe chargé de les organiser. On ne construit pas une démocratie en contournant ses institutions. Et on ne dirige pas un pays en craignant son peuple.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si des élections auront lieu. Elle est de savoir qui, au sommet de l’État, a intérêt à ce qu’elles n’aient pas lieu.

 

Jean Yourry ATOUT,Uni Fm

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