Carrefour Rita : après les pluies, la route devient un marché de survie dans l’indifférence de l’État

Carrefour Rita : après les pluies, la route devient un marché de survie dans l’indifférence de l’État

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Carrefour Rita se retrouve une nouvelle fois au centre d’une réalité qui en dit long sur l’état des infrastructures publiques dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Après les récentes pluies qui se sont abattues sur la région cette semaine, la route s’est transformée en un véritable piège pour les usagers. L’eau stagnante, la boue épaisse et l’absence de drainage efficace rendent la circulation extrêmement difficile, parfois même dangereuse.

Dans ce décor de dégradation avancée, traverser Carrefour Rita n’est plus un acte banal de mobilité. C’est devenu une épreuve quotidienne, où chaque passage exige patience, stratégie et parfois même argent. Car sur place, une réalité choquante s’est installée : un système informel s’est structuré autour de la détresse des citoyens. Pour traverser, certains sont contraints de payer jusqu’à 150 gourdes. Et pour ceux qui tentent de passer sans assistance, une autre “solution” leur est proposée : 25 gourdes pour se laver les pieds avant de continuer leur chemin.

Cette situation, qui frôle l’absurde, s’est normalisée dans le silence général. Elle transforme un espace public en zone de négociation improvisée, où la pluie ne fait pas seulement déborder les rues, mais aussi les limites de la dignité humaine. Ce qui devrait être une réponse d’urgence de l’État devient un terrain exploité par des mécanismes informels, sans encadrement ni régulation.

Face à cette réalité, l’indifférence des autorités compétentes est au centre des critiques. Le ministère des Travaux publics, Transports et Communications est directement interpellé, alors que la dégradation de ce carrefour stratégique se poursuit sans intervention visible. Aucun dispositif d’urgence durable, aucun plan de réhabilitation apparent, et surtout aucun signal fort de présence institutionnelle ne sont perceptibles sur le terrain.

Pendant ce temps, ce sont les citoyens qui paient le prix réel de cette absence. Travailleurs, étudiants, marchandes et chauffeurs doivent composer avec des conditions de circulation dégradées, des coûts supplémentaires imposés par la situation, et des risques sanitaires liés aux eaux stagnantes. La pluie, phénomène naturel et prévisible, devient ici le révélateur d’un problème structurel plus profond : l’incapacité à anticiper et à gérer les infrastructures de base.

Carrefour Rita n’est donc pas seulement une route inondée. C’est le miroir d’un système où les réponses publiques arrivent toujours après les dégâts, et parfois jamais. Une zone où la survie quotidienne prend progressivement la place du droit à une circulation normale. Et où, à chaque nouvelle pluie, se répète la même scène : celle d’un État absent face à une réalité qui, elle, ne disparaît pas.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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