Pendant qu’Haïti s’enfonce chaque jour davantage dans le chaos, Alix Didier Fils-Aimé semble avoir choisi une autre priorité : les voyages diplomatiques. Depuis plusieurs mois, le chef du gouvernement multiplie les déplacements à l’étranger, les rencontres bilatérales, les sommets régionaux et les séances de communication internationale, donnant parfois l’impression qu’il dirige davantage depuis les salons diplomatiques de Washington, New York ou Saint-Kitts-et-Nevis que depuis Port-au-Prince.
Ce contraste devient encore plus brutal lorsqu’on regarde la réalité du pays. Haïti est aujourd’hui un territoire meurtri : des quartiers entiers contrôlés par des groupes armés, des milliers de familles déplacées, des routes coupées, des hôpitaux paralysés, une population étranglée par l’inflation et une jeunesse abandonnée à elle-même. Pourtant, pendant que la population tente simplement de survivre, le Premier ministre accumule les missions officielles et les rencontres “de haut niveau”.
Washington, New York, Chili, CARICOM… les destinations s’enchaînent à un rythme impressionnant. À chaque déplacement, les mêmes images reviennent : poignées de mains, réunions diplomatiques, communiqués triomphalistes et promesses de coopération internationale. Le Premier ministre rencontre Marco Rubio, échange avec Chuck Schumer, discute avec des responsables de l’Organisation des États américains, du Fonds monétaire international ou encore du Conseil de sécurité des Nations Unies. Mais derrière cette hyperactivité diplomatique, la population peine toujours à voir des résultats réels.
Car malgré les communiqués soigneusement rédigés par la Primature, la situation du pays continue de se dégrader. Les gangs gagnent du terrain. Les déplacés augmentent. Les citoyens vivent sous la peur permanente. Les promesses de sécurité deviennent des phrases répétées mécaniquement à chaque voyage officiel. La fameuse Force de Répression des Gangs (FRG), présentée comme la grande solution du gouvernement, reste pour beaucoup d’Haïtiens une annonce diplomatique de plus, loin de la réalité quotidienne des quartiers assiégés.
Le plus ironique dans cette affaire reste sans doute le discours d’austérité adopté récemment par le gouvernement. Face à la hausse des prix du carburant, les autorités ont annoncé des mesures “strictes” pour réduire les dépenses publiques : limitation des voyages officiels, réduction des crédits de carburant, restrictions administratives. Mais pendant que le peuple est invité à se serrer la ceinture, le Premier ministre continue de parcourir les capitales étrangères avec une étonnante régularité.
L’austérité semble donc réservée aux citoyens ordinaires, tandis que le pouvoir conserve le privilège des déplacements internationaux, des délégations officielles et des opérations diplomatiques coûteuses. Cette contradiction nourrit un profond malaise dans l’opinion publique. Beaucoup commencent à voir en Alix Didier Fils-Aimé un dirigeant plus préoccupé par son image internationale que par la détresse nationale.
À force d’accumuler les vols et les rencontres protocolaires, le chef du gouvernement donne aujourd’hui l’image d’un véritable globe-trotter politique. Un Premier ministre toujours en déplacement pendant qu’Haïti, elle, reste prisonnière de ses ruines.
Et pendant que les communiqués de presse parlent de “dialogue stratégique”, de “coopération renforcée” et de “partenariats internationaux”, la population, elle, continue d’attendre quelque chose de beaucoup plus simple : la sécurité, la stabilité et le droit de vivre normalement dans son propre pays.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




